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A force de violence... (Ecoutez-le en Real Audio)
Mercredi 20 juin 2001


A Bruxelles, un avocat libanais, représentant des survivants de Sabra et Chatila, vient de déposer une plainte contre le premier ministre israélien, Ariel Sharon. Au titre d'une loi datant de 1993, la justice belge est, en effet, autorisée à juger des crimes perpétrés à l'étranger, ainsi que l'illustre la condamnation récente de plusieurs Rwandais ayant participé au génocide. Ariel Sharon pourrait donc se voir un jour contraint de s'expliquer quant aux raisons l'ayant poussé à laisser entrer, dans les camps de réfugiés palestiniens de Beyrouth, des milices chrétiennes assoiffées de vengeance, à la suite de l'assassinat du président Gemayel. A l'époque, une commission d'enquête israélienne avait conclu à la responsabilité d'Ariel Sharon, alors ministre de la défense, sans pour autant entamer de poursuites judiciaires contre lui. Mais du fait de la pression de la communauté internationale, celui-ci avait finalement démissionné...

De l'avis des défenseurs des droits humains et des avocats spécialisés dans ces dossiers, les massacres de Sabra et Chatila constituent un crime terrifiant, dont on ne peut tolérer que les auteurs demeurent jusqu'à présent impunis. Rappelons-nous : en septembre 1982, près d'un millier de vieillards, de femmes et d'enfants palestiniens (dont des bébés) ont été martyrisés puis exécutés, avec une rare sauvagerie, par des phalangistes, certains ivres ou drogués, dont le but avoué était de procéder à ce que l'humanité devait reconnaître plus tard comme un "nettoyage ethnique". Que les militaires israéliens aient laissé ces tueurs pénétrer dans les secteurs qu'ils contrôlaient et n'aient rien tenté pour les stopper, lorsque des témoins vinrent leur rapporter les crimes auxquels ils se livraient, relève au minimum de la complicité par omission et fait redouter un pacte préalable. Puisque l'état hébreu n'a pas voulu tirer toutes les conséquences de cette "boucherie", il est indispensable que la justice internationale comble cette insupportable lacune, et c'est tout à l'honneur de la Belgique que de s'en charger.

Dimanche dernier, la BBC a diffusé une émission, intitulée "L'Accusé", évoquant la responsabilité d'Ariel Sharon, programme qui a aussitôt déchaîné la colère du gouvernement israélien, qui dénonce ce qu'il estime être de l'information déformée en faveur des palestiniens. Quoi qu'il en soit, les faits sont là et l'on voit mal pour quelle raison il faudrait mépriser plus longtemps les souffrances des survivants de Sabra et Chatila. Certes, maintenant qu'Ariel Sharon est au pouvoir, il est impossible de le conduire devant un tribunal et la décision que prendra la justice belge, si elle va dans le sens d'une condamnation, posera de sérieux problèmes diplomatiques. Mais le caractère particulièrement délicat des relations entre états doit-il l'emporter sur le devoir de justice et d'ingérence auquel conduit le respect bien compris des droits humains ? Non, bien sûr ! C'est aux systèmes politiques qu'incombe la responsabilité de s'assainir : qu'un individu jugé responsable - même indirectement - d'un crime contre l'humanité puisse occuper des fonctions importantes à la tête d'une nation, telle est bien la grande honte. Une indécence qui ne fait pas seulement du tort aux victimes innocentes de la cruauté des puissants, mais porte un préjudice terrible aux Israéliens eux-mêmes.

Oui, en omettant de demander des comptes à Ariel Sharon, la justice israélienne a permis qu'il trouve finalement une légitimité dans l'opinion et qu'un grand nombre de citoyens, en l'élisant aux plus hautes fonctions, choisisse la pire des directions pour leur pays. Lorsque l'on ne sanctionne pas clairement les individus qui foulent aux pieds les droits fondamentaux de leurs semblables, on les place au-dessus des lois, leur conférant ainsi un pouvoir dont ils deviennent eux-mêmes enivrés et leurs zélateurs avec eux. Si punir n'a jamais constitué une solution aux problèmes de l'humanité, guider demeure une exigence : et s'agissant de la violence, ne pas la condamner avec force, revient tôt ou tard à la renforcer.

Geoffroi Contact


Lectures conseillées :

>> Le Général Sharon : Une logique de massacre - Collectif : Cet ouvrage se compose de cinq volets retraçant la "carrière militaire" du général Sharon : . Le massacre du village de Qibya, en 1953. . Le massacre des prisonniers égyptiens en 1956 durant la guerre de Suez. . Le massacre des prisonniers égyptiens en 1967 durant la guerre des six jours. . La "pacification" de la bande de Gaza en 1971. . Le massacre de Sabra et Chatila en septembre 1982. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Politicide : Les Guerres d'Ariel Sharon contre les palestiniens - Baruch Kimmerling, Arnaud Regnault de la Soudière (Traduction) : Mettant en relief dés épisodes clés de la politique israélienne (guerre de 196'7, guerre du Liban, Intifada), Baruch Kimmerling décrit le parcours d'Ariel Sharon: ses succès militaires, son arrivée sur la scène politique, ses liens avec le pouvoir, ses victoires électorales. Il livre ainsi une démonstration brillante du fonctionnement de la société israélienne et de la pensée politique de Sharon. À l'heure où Israël connaît de profondes mutations (réduction drastique de la liberté d'expression, implication croissante dès militaires dans les affaires politiques...), Baruch Kimmerling écrit un ouvrage indispensable pour comprendre une situation d'urgence, véritable cri d'alarme contre les extrémismes de tous bords. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Le Manifeste d'un juif libre - Théo Klein : Théo Klein, avocat réputé et figure libre et majeure de la communauté juive, continue — ce qui ne lui vaut pas que des amis — à ne pas mâcher ses mots: il est temps que les Juifs cessent de craindre le monde qui les entoure; il est temps qu'ils cessent de recréer un ghetto virtuel au sein même de la société à laquelle ils appartiennent; il est temps qu'ils retrouvent sur la scène politique, ici et ailleurs, la force de proposition et d'engagement dont leur héritage historique les rend éminemment capables. Contrairement au discours juif ambiant, qui prône, par souci de défense, un recours aveugle à la force, Théo Klein parle lui de confiance, de dialogue et de respect de la dignité de chacun. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !



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