| La transgression |
20 décembre 2000 |
Un rapport réalisé sous l’égide des Nations Unies accuse le Liberia et son dirigeant Charles Taylor d’approvisionner en armes les rebelles sierra-léonais du RUF et de servir d’intermédiaire dans la contrebande de diamants en provenance de ce pays. Ce faisant, le Liberia viole l’embargo décrété par l’ONU qui vise à mettre fin à la barbarie qui défigure la Sierra Leone depuis de nombreuses années. Une interdiction de se rendre à l’étranger pourrait donc être prononcée à l'encontre du président Taylor et de sa clique, alors que la communauté internationale ne peut plus ignorer les agissements d’un dictateur dont l’influence s’étend sur l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Une ONG américaine, le « US Committee for Refugees » vient d’ailleurs de demander que les pouvoirs du tribunal spécial des Nations Unies pour la Sierra Leone soient étendus, de façon à permettre la mise en accusation du tyran libérien pour crimes de guerre.
Ces derniers mois, les autorités de Monrovia se sont, en effet, employées à semer la déstabilisation dans toute la région : loin de respecter le processus de paix mis en place par les Nations Unies, les rebelles du RUF - à la botte de Charles Taylor - n’ont ralenti temporairement leurs attaques contre l’armée sierra-léonaise que dans le seul but d’agresser leurs voisins guinéens, faisant un millier de morts et forçant près de cent mille personnes à la fuite. Il s’agissait, pour le président libérien, de « donner une leçon » à la Guinée qui abrite des dissidents libériens, tout en obligeant les nations africaines à s’impliquer davantage dans la crise : tout récemment, l’ECOWAS, organe rassemblant les pays ouest-africains, a décidé d’envoyer des troupes en observation sur les frontières de la Guinée, de la Sierra Leone et du Liberia. En fait, Charles Taylor ne cherche rien d’autre qu’à répandre l’anarchie de façon à conserver un pouvoir obtenu par la violence. Actuellement, les mercenaires venus du Burkina Faso, d’Afrique du Sud et même de Russie, pour profiter de l’or et des diamants du président, pullulent à Monrovia, au point qu’un important membre du clergé islamique a demandé que ces soldats de fortune soient expulsés du pays. Mais c’est précisément sur eux que compte Charles Taylor qui craint de plus en plus pour sa sécurité, à mesure que ses ressources financières s’amenuisent, l’embargo sur les diamants ayant, heureusement, quelques effets.
La question que l’on doit se poser aujourd’hui consiste à savoir si le pire est encore à venir en Afrique de l’Ouest, de la part d’un despote convaincu de trafic d’armes, de drogue et de diamants, imposant sa loi dans toute la région du fait de la faiblesse et de l’hypocrisie - voire de la peur - des dirigeants voisins ? A en juger par le peu de progrès obtenu par la communauté internationale en ce qui concerne l’avancement de la paix en Sierra Leone, des désastres sur le plan humain sont effectivement à craindre... Si de nouvelles et massives violations des droits humains devaient, malheureusement, se produire, ce serait dû, en grande partie, au manque de fermeté des nations face à des criminels avec lesquels toute discussion semble actuellement vouée à l’échec. Certes, la négociation doit être constamment privilégiée de façon à éviter l’affrontement à tout prix, mais l’action pacificatrice n’exclut pas la fermeté, bien au contraire : elle doit même la précéder si l’on veut éviter que la volonté de dialogue soit prise pour de la capitulation. C’est donc en privant les criminels - quel que soit leur camp - de leurs moyens de financement que l’on pourra finalement les amener à parler de paix. Cela exige de mettre au point des embargos sur l’or, les diamants, les armes etc. - et autres produits ou ressources sans conséquence pour la population - assortis de sanctions suffisamment sévères afin de dissuader les contrevenants. Et telle est précisément la grande difficulté des nations : comment pourraient-elles avoir le sens de la fermeté en matière de respect des lois et des droits humains alors qu’elles sont depuis si longtemps rompues à la transgression ?
Geoffroi |