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Un délire paranoïaque...
20 mai 2000


Slobodan Milosevic a lancé, ces jours derniers, une attaque en règle contre les médias d’opposition : une télévision, plusieurs radios et journaux indépendants du pouvoir ont ainsi été investis par les forces de l’ordre et des journalistes arrêtés. Toute personne adoptant une position critique à l'égard du régime - soutenu, rappelons-le, par les ultra-nationalistes serbes - est considérée comme un traître, un espion ou encore un mercenaire à la solde de l’OTAN...

Autrement dit, au fur et à mesure que gronde la contestation, le pouvoir en place montre les dents : les manifestations des partis d’opposition remportant un véritable succès depuis quelques temps, la répression se fait plus sanglante, prélude à l’instauration de l’état d’urgence et de la loi martiale. Il faut dire que le gouvernement n’a plus d’autres solutions que d’entraîner le pays dans la violence. Même dans son propre camp, les défections sont de plus en plus nombreuses : désertions de généraux, fractures au sein de la police et de la justice, soldats pris de remords pour les exactions commises au Kosovo... Totalement isolés sur la scène internationale, Milosevic et ses fidèles - tous impliqués dans d’innombrables crimes de guerre et crimes contre l’humanité - ont mis le pays au bord de la guerre civile.

Il faut espérer que la communauté internationale et le peuple serbe lui-même sauront tirer les leçons de cette descente aux enfers. Depuis le début, le nationalisme aura été invoqué pour justifier les pires atrocités : le nettoyage ethnique au Kosovo, c’était pour réinstaurer la Grande Serbie ; aujourd’hui, dans une même perversité, l’élimination des modérés, des opposants, des activistes et autres dissidents qui refusent de se soumettre au diktat de la pensée unique, c’est toujours pour éviter la destruction de la sacro-sainte nation serbe.

A l’origine de tout cela : l’incapacité à donner, la crainte de s’ouvrir à un monde différent et de se mélanger, la peur viscérale de l’autre... Tels sont les fondements du nationalisme : un délire paranoïaque entretenu par des dirigeants qui exaltent la nation pour mieux alimenter leur orgueil et s’identifient à elle au point d’écraser tout ce qui fait obstacle à son expansion, reflet de leur propre démesure. Aujourd’hui, l’exemple serbe a bien montré combien l’idée de « nation » est contraire à la Fraternité. Puissions-nous ne pas l’oublier !

Geoffroi Contact


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