| « Communauté internationale » |
20 avril 2000 |
L’envoyée spéciale des Nations Unies dans la Corne de l’Afrique a appelé la « communauté internationale » à davantage de générosité, les dons actuels étant loin de couvrir les besoins réels des populations de l’Ethiopie et des pays voisins, touchés par la sécheresse. Toutefois, selon des diplomates en poste dans la région et des humanitaires opérant sur le terrain, les demandes d’aide de l’Erythrée et de l’Ethiopie seraient excessives et le chiffre de 8 millions de personnes menacées par la famine jugé fantaisiste...
Certains observateurs estiment donc que le conflit entre les deux pays est en grande partie responsable de la crise alimentaire, d’une part, parce que les ressources de ces nations sont essentiellement consacrées à la guerre et, d’autre part, parce que des centaines de milliers de personnes sont déplacées ce qui les rend beaucoup plus vulnérables. Les gouvernements éthiopiens et érythréens chercheraient donc à redonner un peu d’oxygène à leur économie en décomposition en plaidant pour une aide humanitaire d’urgence.
Quoi qu’il en soit, que 8 millions d’individus soient menacés de famine ou « seulement » un million, le problème n’est pas là : il importe de toutes façons d’apporter toute l’aide possible aux populations qui souffrent de la faim et vivent dans l’insécurité. Pour cela, il est nécessaire que la « communauté internationale » veille à ce que l’eau, la nourriture et les médicaments expédiés dans les régions frappées par la sécheresse parviennent bien à ceux qui en ont besoin et ne soient pas détournés. De même, il faut convaincre les belligérants de s’asseoir au plus vite à la table des négociations : comment, en effet, accepter que deux pays dont les peuples connaissent les pires difficultés pour survivre continuent de se faire la guerre ? Leur refus de stopper le conflit dans un contexte aussi dramatique enlève toute légitimité aux dirigeants de ces nations, de même que la sauvegarde des populations passe avant la souveraineté des états.
Ce qui est légitime aujourd’hui, c’est d’intervenir massivement pour éviter d’injustes souffrances à des millions de personnes, dans une dizaine de pays de l’est de l’Afrique. Et, pour cela, la « communauté internationale » doit affirmer une volonté politique claire de donner la priorité absolue aux êtres humains avant de respecter les états qui ne sont que des entités virtuelles. La « communauté internationale » pourrait facilement imposer ses vues aux régimes corrompus responsables de la misère de leur peuple : mais le manque d’union entre ses membres traduit précisément l’absence de vision réellement fraternelle de ce monde... Or, sans cette dernière, quel sens peut bien avoir la notion de « communauté internationale » ? Aucun.
Geoffroi |