| Hors des sectes ! |
20 mars 2000 |
En Ouganda, les membres d’une secte connue sous le nom de secte du « Rétablissement des Dix Commandements de Dieu » se sont donnés la mort en s’immolant par le feu vendredi dernier. S’il s’agissait bien là d’un suicide collectif, ce serait le deuxième en importance après celui du Guyana en 1978. A l’heure actuelle, la police ougandaise estime le nombre de victimes à plus de 200 mais ignore si le chef de la secte, Joseph Kibwetere, et les autres dirigeants se trouvaient parmi elles.
En Ouganda, comme en d’autres endroits du monde, les mouvements sectaires se sont largement développés : ce phénomène s’explique entre autres par la faillite des idéologies traditionnelles et la déception à l’égard des religions ; il est aussi caractéristique des périodes de crises où les individus ne sont plus reliés par le lien social de sorte que la secte apparaît comme une famille de remplacement, voire un havre de paix et d’harmonie... Cela ressemble à de la Fraternité, cela en aurait presque le goût mais ça n’en est pas ! Et c’est bien le manque d’Amour des individus pour eux-mêmes qui les jette entre les griffes des sectes où ils croient combler leur soif inaltérable d’affection.
Le discours que les sectes tiennent à leurs adeptes est bien souvent le même : ils parlent beaucoup de Fraternité et d’Amour... Et l’enseignement de Jésus-Christ est largement utilisé quand ce ne sont pas les gourous eux-mêmes qui prétendent être sa réincarnation. De plus, le programme présenté à l’adepte est particulièrement exaltant : il s’agit ni plus ni moins de changer le monde en se changeant soi-même. Si tout ce fatras « ésotérico-exotico-religieux » fonctionne à merveille, c’est précisément parce que ceux qui y adhèrent n’ont aucune idée de ce que sont véritablement l’Amour et la Fraternité. S’ils le savaient, ils n’appartiendraient pas à une secte où leur personnalité est annihilée : l’Amour les aurait rendus conscients de leur propre richesse. Ils ne vivraient pas isolés des autres mais au contraire ils s’intéresseraient à tout et à tous et pratiqueraient la tolérance. Enfin, leurs dirigeants ne se serviraient pas du message de Jésus pour dissimuler leurs intentions malsaines : Celui qui s’est donné pour l’humanité incarne un Amour de l’Autre synonyme de respect absolu de la liberté de son prochain.
La Fraternité n’a rien de commun avec les comportements de masse qui empêchent les identités de se développer : elle trouve au contraire sa raison d’être et son accomplissement dans l’expression des richesses individuelles. Hors des sectes !
Geoffroi |