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Délivrance
20 février 2000


Hier, à Moscou, plusieurs centaines de manifestants se sont réunis devant le siège du FSB (ex-KGB) pour protester contre ce qu’ils nomment un « génocide » du peuple tchétchène. Toujours au cœur de la capitale russe, le Comité d’Action contre la Guerre rassemblait les membres d’un grand nombre d’organisations humanitaires, d’associations de mères de soldats, des artistes et des journalistes afin de montrer au monde entier que la population ne soutient pas unanimement l’opération menée en Tchétchénie.

Par ailleurs, le centre d’information Glasnost pour le Caucase du Nord s’est insurgé contre les reportages montrant des scènes de fraternisation entre les habitants de Grozny et les soldats russes, affirmant que la réalité était tout autre : l’organisme relate ainsi l’exécution de nombreux civils au moment même où l’état-major annonce le blocus total de la capitale dévastée. Que vont ainsi devenir les dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants tchétchènes qui ne peuvent plus partir et encore moins rester ? L’armée a donné comme prétexte de vouloir procéder au déminage de la ville et à l’élimination des derniers combattants embusqués dans les ruines ou dissimulés dans les égouts... Mais les observateurs du conflit pensent plutôt que les forces russes souhaitent se prémunir contre les témoins gênants qui pourraient assister aux pillages, viols et exécutions qui vont en s’amplifiant de jour en jour.

Pour continuer avec la contestation naissante au sein de la population, il faut mentionner les propos du Commissaire aux Droits de l’Homme, Oleg Mironov, totalement « scandalisé que les autorités ne tiennent pas compte du fait que la Russie fait partie du Conseil de l’Europe et a signé la Déclaration des Droits de l’Homme... ». Si l’on y ajoute les plaintes incessantes des mères de soldats qui stigmatisent les difficiles conditions de vie de leurs rejetons ainsi que les inquiétudes légitimes des journalistes relatives au sort de leur confrère Andrei Babitsky, nous obtenons un cocktail qui ne manquera pas de devenir de plus en plus explosif, si seulement l’occident veut bien exercer une formidable pression sur le gouvernement de Vladimir Poutine.

Alors que beaucoup de voix commencent à s’élever en Russie contre un système dictatorial seulement capable de générer toujours plus de cruauté, les citoyens ordinaires que nous sommes ont le devoir de les soutenir de l’extérieur : s’engager pour que nos frères et sœurs tchétchènes soient respectés dans leurs droits et, tout simplement, protégés de l’horreur, c’est en même temps participer à la délivrance du peuple russe tout entier.

Geoffroi


Lectures conseillées :

>> La Mystérieuse Ascension de Vladimir Poutine - Pierre Lorrain : En août 1999, l'Occident découvre Vladimir Poutine. Ancien agent du KGB, l'homme est encore un parfait inconnu. Quelques mois plus tard, il devient président de la Russie. Pierre Lorrain, auteur de plusieurs livres sur la Russie, retrace le parcours rempli de zones d'ombres de Vladimir Poutine, et expose l'évolution de la vie politique russe, notamment les dernières années de la présidence de Boris Eltsine. On y découvre une ambiance fin de règne, faite d'intrigues rocambolesques et de corruption à grande échelle, où les plus criminels ne sont pas toujours ceux que l'on croit. Tout le mérite de ce livre est en effet d'ébranler quelques dogmes médiatiques, qu'ils concernent les attentats meurtiers de Moscou en 1999, la guerre en Tchétchénie ou les fameux oligarques du Kremlin. Pierre Lorrain dénonce le sensationnalisme et la part de fantasmes qui ont trop souvent tendance à irriguer l'information sur la Russie, où les rumeurs circulent plus vite que la vodka et où la fiabilité des témoignages est souvent douteuse. Ce qui ne l'empêche pas de narrer les plus savoureuses de ces anecdotes, comme cette légende qui fait de Poutine un descendant de Raspoutine... Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Chienne de guerre - Anne Nivat : Entre la Mer Caspienne et la Mer Noire, au sud-ouest de la Russie, se déroule depuis de longs mois une "chienne de guerre". Anne Nivat a tenu à se rendre sur place afin que cette guerre ne soit pas trop vite oubliée, ni cachée aux yeux du monde. Elle visite les villages, arpente les montagnes, multiplie les rencontres. Partout c'est l'incompréhension. Beaucoup de civils fuient vers la province d'Ingouchie. Ils laissent derrière eux des maisons ruinées, calcinées, et ne comprennent toujours pas les causes de l'acharnement des Russes. Comme le dit Oumar, soldat de la cause tchétchène : "Ici tout le monde nous traite comme des chiens... Je ne suis pas un bandit ! Je suis quelqu'un de parole. Je défends ma patrie". Témoignage fort sur les ravages de la guerre : Anne Nivat a vécu le quotidien d'un pays qui entre en résistance. Comme tout le monde, réfugiée dans les caves, elle a prié sous les bombes. C'est l'importance de cette intégration au coeur du peuple tchétchène qui fait de son livre un vrai grand reportage de journaliste. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Tchétchénie : Le déshonneur russe - Anna Politkovskaïa, André Gluksmann (Préface), Galia Ackerman (Traduction) : Depuis août 1999, Anna Politkovskaïa, grand reporter du bihebdomadaire Novaïa Gazetta, s'est rendue plus d'une quarantaine de fois en Tchétchénie pour couvrir la guerre, la seconde, qui frappe cette petite République. Pour elle, c'est l'avenir même de la Russie et ses chances d'accéder à une véritable démocratie qui sont enjeu. Décrivant le calvaire de la population tchétchène, elle montre que la poursuite du conflit le rend de plus en plus incontrôlable. La violence absolue favorise la minorité tchétchène la plus extrême, au détriment de la majorité acquise aux idées occidentales, et déshumanise les combattants des deux camps. Les militaires russes pillent, violent et tuent en toute impunité, les combattants tchétchènes sombrent dans la délation et les règlements de compte, dévorés par le désir de vengeance d'un côté, et les exigences cyniques de la survie de l'autre, basculant parfois dans la criminalité pure et simple. Et finalement, ces pratiques finissent par gangrener moralement toute la société. Pour Anna Politkovskaïa, qui n'épargne pas l'actuel président russe Vladimir Poutine, cette spirale infernale trouve son origine dans la tradition d'un pouvoir qui a besoin d'un ennemi - bouc émissaire -, pour lui faire porter le poids des malheurs - réels - des Russes, dans la difficile période du postcommunisme. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !


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