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La politique de la haine
Samedi 19 mai 2001


Les Etats-Unis et la Grande Bretagne sont décidés à alléger les sanctions qui pèsent sur la population irakienne depuis une décennie. La semaine prochaine, une résolution sera présentée au Conseil de Sécurité de l'ONU qui devrait consacrer la fin de l'embargo sur les biens de consommation, tout en maintenant le blocus sur le commerce des armes et le contrôle des revenus du pétrole irakien. Cette résolution, qui va dans le sens de ce que plusieurs pays européens réclamaient depuis longtemps, a de fortes chances d'être adoptée, même si ses modalités feront l'objet d'âpres tractations. Plusieurs nations comme la Chine, la France et la Russie souhaitent, en effet, pouvoir reprendre au plus vite le commerce du pétrole avec l'Irak qui en possède d'immenses réserves. De son côté, le gouvernement irakien a fait savoir qu'il était opposé au nouveau plan produit par l'administration Bush et exigeait que l'embargo sur le matériel militaire soit levé immédiatement. De plus, le régime de Bagdad a menacé de rompre toute relation commerciale avec ses voisins - comme la Turquie et la Jordanie - si ces derniers soutenaient l'initiative internationale.

"Si le Conseil de Sécurité adopte nos propositions, l'Irak n'aura plus d'excuse pour les souffrances de sa population", déclarait récemment un diplomate britannique. Et certes, nul ne songerait à dédouaner Saddam Hussein de ses responsabilités, tant dans le déclenchement de l'invasion du Koweït, que dans la misère qui frappe atrocement le peuple irakien. Toutefois, l'on peut se demander quelle excuse pourraient bien invoquer les autorités américaines et leurs alliés pour expliquer leur acharnement sur 22 millions de civils : cinq mille enfants décèdent chaque mois par manque de soins ou du fait de malnutrition, dans un pays dont l'économie est exsangue, les infrastructures en ruine et où les maladies infectieuses font des ravages... Onze années de sanctions économiques - durant lesquelles les irakiens ne pouvaient même pas importer des crayons à cause du graphite qu'ils contiennent et des applications militaires de celui-ci - ont causé la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes, voire de plus d'un million. Une punition terrible qui visait à attiser la haine d'un peuple contre son tyran, mais qui n'était rien d'autre qu'une stratégie relevant de la barbarie à l'état pur.

A présent, alors que le Conseil de Sécurité s'apprête à lever l'embargo dans les prochaines semaines, projetons-nous donc dans l'avenir. Un jour - souhaitons que ce soit le plus tôt possible - Saddam Hussein disparaîtra de la scène politique et l'Irak sera gouverné par des dirigeants plus ouverts sur le monde et davantage soucieux de la population dont ils ont la charge. Dès lors, ceux-ci ne manqueront pas de poser à la communauté internationale la question de sa responsabilité dans l'agonie du peuple irakien. Et des termes aussi graves que "crime contre l'humanité" ou "génocide" seront employés pour qualifier les mesures prises par une instance (les Nations Unies) dont la fonction première est de veiller au bien-être des peuples et de promouvoir leurs droits fondamentaux. De lourds secrets nous seront révélés et des témoignages insoutenables de quelques diplomates et officiels de l'époque viendront à nos oreilles, tandis que des politiciens tenteront de replacer leurs actions dans le contexte "historique" afin de se disculper... Les croirons-nous alors ? Nous laisserons-nous encore abuser par ceux qui ont décrété que la sécurité de cette région du monde et leurs frustrations personnelles valaient bien que l'on abandonne des centaines de milliers d'irakiens à la mort ? Si nous voulons être certains que non, ouvrons dès maintenant les yeux et dénonçons cette politique de la haine et de la vengeance.

Geoffroi Contact


Lectures conseillées :

>> Irak, la faute - Alain Michel, Fabien Voyer, Alain Gresh (Préface) : Déjà 1 400 000 victimes. L'UNICEF compte un demi-million d'enfants de moins de cinq ans morts depuis 1991 des conséquences de l'embargo. Comment veut-on construire la paix au Moyen-Orient en étouffant un peuple ? Pourquoi ignore-t-on la souffrance des enfants irakiens ? Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Irak, ce que Bush ne dit pas - Jean-Marie Benjamin : Ce que Bush ne dit pas est le fruit d'une aventure vécue sur le terrain, un journal de cinq années de voyages, de reportages et d'enquêtes au cœur de l'Irak d'Abraham et de Saddam Hussein. Jean-Marie Benjamin raconte l'agonie d'un peuple frappé par douze années d'embargo, démontre les effets dévastateurs de la contamination radioactive des armes à l'uranium appauvri utilisées pendant la guerre du Golfe et révèle l'existence de documents du Pentagone et du département d'Etat américain cachés à l'opinion publique. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> L'Irak assiégé : Les Conséquences mortelles de la guerre et des sanctions - Collectif , Anthony Arnove (Sous la direction de), Paul Delifer (Traduction) : « Peut-on, pour abattre un dictateur, mener une politique criminelle ? » - Alain Gresh, Le Monde diplomatique. Voici un corpus de documents brillamment rassemblés, comportant des preuves accablantes et irréfutables des horreurs que les sanctions et la guerre apportent à la population, en particulier aux enfants, en Irak. Pour l'homme de la rue, les sanctions ne sont qu'une autre forme de dictature. Télécommandées et prétendument civilisées, elles vont en fait jusqu'à étouffer même les bébés. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !


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