| Du
mariage forcé... |
Lundi 19 mars 2001
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Dans la région de Tetovo, en Macédoine, les combats ont continué de s'intensifier ces derniers jours, provoquant le départ de plusieurs milliers d'habitants, pris de panique. A mesure que le ton monte, la population commence à choisir son camp et les rebelles apparaissent de moins en moins isolés dans leurs revendications. Si la situation des albanais s'est, en effet, améliorée depuis une décennie - le gouvernement macédonien comportant en son sein plusieurs ministres appartenant à cette minorité - les troubles actuels mettent en évidence l'amertume d'une ethnie qui se sent marginalisée : durement frappés par le chômage, exclus des postes clés de l'administration et privés de certains droits culturels, les albanais de Macédoine éprouvent parfois le sentiment d'être considérés comme des citoyens de "seconde zone". Une rancune qui, si elle se généralise, conduira rapidement la Macédoine à la guerre civile.
A l'origine des conflits, il y a toujours une même histoire faite de promesses non tenues, de minorités opprimées, de peuples morcelés et de nations finalement divisées... Face aux désirs de changements des individus, à leurs revendications légitimes et à leurs aspirations à un mieux-être, les gouvernements adoptent systématiquement une attitude rigide : celle qui consiste à privilégier l'intégrité territoriale d'un pays, sa souveraineté, son économie et le pouvoir de ses élites. Au nom d'une certaine interprétation de l'histoire et de la géopolitique moderne, les états vont donc prendre des décisions contraignantes pour les habitants d'une région, sans se rendre compte qu'ils ne font que repousser le problème à plus tard, à un moment où il s'avérera encore plus brûlant. Et au nom d'une interprétation différente d'une même histoire, des populations exaspérées en viendront à prendre les armes, croyant voir une issue là où il n'y a qu'une impasse...
Actuellement, nul ne pourrait dire si les quelques centaines de rebelles, formant la minuscule "armée nationale de libération" (UCK) qui opère dans les montagnes du nord-ouest de la Macédoine, vont voir arriver des milliers de jeunes gens, pressés de rejoindre leurs rangs pour défendre les droits de la population albanaise : c'est bien cela, en effet, qui décidera de l'embrasement ou, au contraire, de l'apaisement dans cette partie des Balkans. Toujours est-il que la communauté internationale n'entend pas, cette fois, se faire l'écho des réclamations des albanais : empêtrés au Kosovo et soucieux de consolider leurs rapports avec la Serbie, l'Europe et les Etats-Unis feront tout ce qui est en leur pouvoir pour garantir la stabilité des frontières dans la région. Mais c'est précisément là que se trouvent le grand conflit d'intérêts de notre époque et la source de crises sans fin : par nature, les frontières sont faites pour être dépassées et les limites rejetées, de sorte qu'un gouvernement ne peut indéfiniment imposer à une partie de sa population le mariage forcé dont elle veut à tout prix s'extraire.
Pour le moment, la réponse que donnent les autorités macédoniennes aux attaques irresponsables des rebelles albanais est le mortier. Il faut espérer que le gouvernement et les pays européens comprendront qu'il est urgent d'étudier avec la communauté albanaise comment il est possible de revaloriser ses conditions de vie et d'accéder à ses demandes en respectant les standards internationaux en matière de droits humains. De toutes façons, c'est elle qui possède la clé de la propagation ou non des violences actuelles : il convient donc de lui donner au plus vite les moyens démocratiques de se prononcer sur son avenir. Si la Macédoine désire sincèrement la paix, qu'elle propose donc plus d'autonomie et de contrôle sur leur propre sort aux régions à majorité albanaise puisque tel est leur désir. Et si, en fin de compte, une nette majorité d'albanais voulait son indépendance, qu'importe ? De quel droit les dirigeants imposeraient-ils à leurs citoyens de rester fidèle à une union dont ils ne veulent plus ? Avec l'expérience du Kosovo, le temps est venu pour la communauté des nations de comprendre que l'action pacifique et porteuse d'avenir qu'elle doit engager consiste en la promotion des droits des individus et le soutien à un développement économique, social et culturel parfaitement équitable. Vouloir à tout prix protéger les frontières actuelles des nations, c'est oeuvrer à cause d'hier et non pas pour demain : cessons donc de justifier les égarements d'aujourd'hui en vertu des erreurs passées, cessons de soutenir des pays et des gouvernements aux dépens des individus ! Nous savons bien, finalement, que seule la liberté construit les unions durables : dans un univers où tout est mouvement et transformation, où les contours des terres et des océans ne cessent de varier, c'est folie que de vouloir s'en tenir à d'autres repères que la plénitude du libre arbitre des êtres et l'intégrité de leur conscience.
Geoffroi |