fraternet.com



Devant la bergerie...
Mercredi 18 avril 2001


A deux jours de l'ouverture du Sommet des Amériques, où 34 nations vont mettre au point les modalités d'un accord international de libre-échange pour tout le continent (FTAA), l'organisation humanitaire Human Rights Watch publie un important document traitant des violations des droits des travailleurs dans les trois pays liés par le NAFTA (North American Free Trade Agreement). Aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique, plusieurs plaintes ont été déposées contre des compagnies prestigieuses comme Sony, General Motors ou McDonald, sans qu'aucune d'entre elles n'ait jamais abouti. Ainsi, qu'il s'agisse de salariés licenciés pour avoir voulu former un syndicat, d'enfants forcés au travail ou de jeunes femmes contraintes d'effectuer un test de grossesse pour prétendre à un emploi, tous se retrouvent dépourvus de moyens de faire pression sur des firmes qui profitent impunément du manque de volonté politique de gouvernements plus motivés par le renforcement de leurs échanges commerciaux que par la promotion des droits fondamentaux des individus...

Le NAFTA contient pourtant des clauses précises en matière de droit du travail : onze principes allant de la liberté d'association à l'égalité des salaires entre hommes et femmes, en passant par les conditions de sécurité sur le lieu de travail (etc.) sont censés garantir les droits des travailleurs et, même, les améliorer par rapport à certaines législations nationales. Malheureusement, les organismes chargés de surveiller la stricte application de ces mesures et de recueillir les plaintes, ne disposent d'aucune possibilité d'imposer des sanctions. Il revient donc aux gouvernements eux-mêmes de faire pression sur leurs partenaires en cas de problèmes, lors de discussions bilatérales au cours desquelles le sort de quelques travailleurs a bien peu de poids à côté de questions sensibles sur le plan économique ou politique... Et c'est ainsi que des dispositifs de contrôle, ayant pour but apparent d'éviter d'éventuelles dérives, s'avèrent finalement inopérants et que des accords prétendument conclus pour améliorer la condition des êtres humains, se révèlent dans toute leur iniquité.

Alors que les gouvernements du continent américain négocient, dans le plus grand secret, les différents points d'un accord de libre-échange susceptible de bouleverser la vie quotidienne de millions d'individus, les déboires des travailleurs américains, canadiens et mexicains soumis à la loi du NAFTA donnent à réfléchir. Il est à peu près certain que les politiques vont s'efforcer de présenter le FTAA en l'entourant d'un luxe de mesures visant à faire croire en leur souci exemplaire du sort des salariés ainsi qu'en leur pur désir de promouvoir la justice sociale. Mais en grattant un peu, ce "vernis humanitaire" ne manquera pas de se craqueler et l'on ne tardera pas à se rendre compte que tout ce qui intéresse la protection des droits individuels se retrouve soumis à la passivité d'organismes gouvernementaux ou à l'arbitraire de politiciens entièrement dévoués à la tyrannie de la croissance. Sans pour autant vouloir dénier unilatéralement aux hommes de pouvoir tout intérêt pour l'existence de leurs semblables, l'on doit cependant se rendre à l'évidence que toute action qui ne serait pas centrée principalement sur l'être humain - illustrée ici par les droits des travailleurs - finit par lui être nuisible. De sorte qu'en fin de compte, les lois les plus équitables et les mesures les plus généreuses ne sont même pas appliquées, tant l'énergie qui a sous-tendu leur création est mièvre et tant celle qui est à l'origine de ce qui peut accroître le profit ou la puissance d'un petit groupe est vigoureuse.

Ainsi, prétendre mettre en place une zone de libre-échange économique sur tout un continent, alors même que d'immenses disparités subsistent sur le plan des droits humains, constitue une absurdité pure et simple : le bien-être individuel s'en trouvant automatiquement bafoué, ce déséquilibre ne peut que faire le lit d'une multitude d'injustices et de violences futures. Tant que cette fraction de l'humanité qui se dit "développée" n'aura pas compris qu'elle doit se consacrer à la création d'une immense zone de partage, sa hâte d'échanger "librement" avec autrui, même formulée avec le plus grand raffinement, ne traduira rien d'autre que cette fébrilité qui saisit les loups, gémissant devant la porte de la bergerie.

Geoffroi


Lectures conseillées :

>> No logo : La Tyrannie des marques - Naomi Klein, Michel Saint-Germain (Traduction) : le nombre augmente de ceux qui prônent l'urgence d'une mobilisation vigilante, et qui dénoncent les abus commis par les grandes sociétés. Venant de partout, ils se rencontrent, se regroupent et s'organisent sur l'Internet : ils veulent récupérer l'espace, la rue, la forêt dont on les a privés, ils réclament des emplois et des conditions de travail décents, un partage plus équitable des énormes bénéfices des multinationales, ils refusent d'acheter des produits pour lesquels d'autres, à des milliers de kilomètres de chez eux, paient le tribut de la sueur et parfois du sang. Ce nouveau militantisme, reflet de la pluralité sociale et ethnique de bon nombre de pays, a déjà gagné des batailles contre les logos mastodontes. Les événements de Seattle ou de Prague l'ont prouvé : il est encore temps de dire non à la tyrannie des marques. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Le Marketing éthique : Les sens du commerce - Elisabeth Pastore-Reiss, Hervé Naillon : Commerce équitable, développement durable, responsabilité sociale et environnementale, normes éthiques : comment faire ? Elizabeth Reiss, fondatrice des boutiques Human Inside, et Hervé Naillon, consultant, proposent une approche originale en déclinant de manière opérationnelle pour les entreprises les trois fondamentaux platoniciens : le Bien, le Beau, le Vrai. Ce livre est le premier à donner une méthode d’action complète pour mettre en œuvre un marketing éthique à la fois performant et authentique. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Mettre en pratique le développement durable : Quel processus pour l'entreprise responsable ? - Olivier Dubigeon : Il ne s’agit plus ici de convaincre du bien-fondé des démarches de développement durable engagées par les entreprises, il s’agit de proposer des pistes d’action concrètes. Olivier Dubigeon, fort de son expérience actuelle à un poste éminemment sensible dans une des entreprises les plus exposées, la Cogema, propose de remettre à plat les processus de l’entreprise pour que sa responsabilité ne soit plus un simple slogan mais une réalité quotidienne. Gouvernance, relation avec les actionnaires, relation avec les ONG, indicateurs de performance, reporting, labels et certifications – toutes ces questions sont passées en revue avec méthode pour donner au manager le premier guide opérationnel du développement durable en entreprise. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !


Abonnement à l'Info
L'info quotidienne dans
votre boite email (gratuit)


Abonnement à l'Hebdo
Les meilleurs textes
chaque semaine (gratuit)


http://www.fraternet.com - Copyright © 2000 - 2001 Les Chemins D'En Haut - Tous droits réservés.