fraternet.com



Bas les masques
18 décembre 2000


Le séjour de Vladimir Poutine à Cuba vient de s’achever sur la signature de quelques accords commerciaux, dix ans après l’interruption des relations entre les deux pays pour cause d’éclatement du bloc communiste. Cette fois, il n’était plus question d’entente idéologique, mais de partenariat commercial : la Russie comptait bien être payée de retour des sommes colossales qu’elle a investies durant trente ans pour soutenir son allié, tandis que Fidel Castro espérait obtenir un prêt susceptible de favoriser la relance économique de l’île, asphyxiée par l’embargo imposé par les Etats-Unis. Au final, des accords minimes ont été conclus entre les deux nations et la visite du président russe aura surtout permis au gouvernement cubain d’opérer une vague d’arrestations parmi les opposants au régime...

Ce sont en effet plus de 200 personnes qui ont été arrêtées à la veille du séjour de Vladimir Poutine : une étrange façon, de la part des autorités de La Havane, de marquer l’anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Plusieurs dissidents ont ainsi été condamnés à des peines de prison au cours de procès expédiés en un temps record. Une fois encore, le régime de Fidel Castro attire donc l’attention de la communauté internationale sur son arsenal répressif, un modèle du genre que le dictateur s’est employé à peaufiner pendant les quarante années de son règne. Les libertés d’opinion, d’expression, d’association sont ainsi complètement bafouées de même que, bien entendu, la liberté de la presse. Tout individu qui chercherait à transgresser pacifiquement le cercle infernal de l’abrutissement collectif tomberait aussitôt sous le coup d’un système punitif parfaitement au point : avertissement officiel, écoute téléphonique, intimidation, mise au chômage, expulsion du lieu d’habitation, détention sans jugement, exil forcé, lourdes peines d’emprisonnement, traitements inhumains et tortures etc. ont permis jusqu'à maintenant à l’état de se prémunir contre toute critique. De plus, ce dernier s’applique à surveiller de très près certaines catégories de la population considérées comme représentant une menace pour l’état. Les défenseurs des droits humains et les journalistes indépendants sont particulièrement contrôlés, ainsi que les enseignants, les artistes et les médecins. De même, l’état exerce une main mise totale sur les organisations syndicales.

Face à un gouvernement pratiquant une culture rigoureuse de la tyrannie quotidienne, les nations étrangères avancent malheureusement en ordre dispersé. Au premier plan des préoccupations se trouve l’embargo maintenu par les Etats-Unis pour des raisons politiques et non pas dans un but humanitaire : dénoncé par les Nations Unies et le pape Jean-Paul II comme ayant des effets nuisibles sur la population, son seul résultat a été de faire de Cuba un symbole de résistance à l’impérialisme américain. De son côté, l’Union Européenne s’était engagée dans un dialogue constructif avec La Havane, conditionnant sa coopération économique à des améliorations dans le domaine des droits humains : les pressions ne semblent cependant pas avoir été suffisamment fortes pour convaincre le régime cubain d’emprunter une nouvelle voie en ce domaine. Quant à la Russie ou aux pays d’Amérique Latine qui commercent avec Cuba, il serait exagérément optimiste de compter sur leurs dirigeants pour exhorter Fidel Castro à s’intéresser davantage aux libertés fondamentales de son peuple...

Bref, Cuba constitue un exemple, parmi bien d’autres, de la faillite des idéologies qui opposaient, il y a peu de temps encore, les grandes puissances. Tandis que la visite de Vladimir Poutine signe la fin des illusions quant aux fondements de l’ancienne amitié russo-cubaine, l’attitude des Etats-Unis traduit, elle, un attachement stérile à une conception bornée du « monde libre », alors que l’Europe démocratique est saisie d’engourdissement. Ceux qui se prétendaient les champions de la liberté et de la justice - mais qui n’étaient que des êtres assoiffés de pouvoir - ont cédé la place à des hommes d’affaires ambitieux. Il n’y a pas de quoi s’en réjouir : leur incapacité à concevoir un monde fraternel est tout aussi vaste.

Geoffroi Contact


Abonnement à l'Info
L'info quotidienne dans
votre boite email (gratuit)


Abonnement à l'Hebdo
Les meilleurs textes
chaque semaine (gratuit)


http://www.fraternet.com - Copyright © 2000 - 2001 Les Chemins D'En Haut - Tous droits réservés.