| Les puissants et les humbles |
18 août 2000 |
L’ancien vice-premier ministre de Malaisie, Anwar Ibrahim, et son frère adoptif ont été condamnés respectivement à 9 et 6 ans de prison à la suite d’un procès dont les organisations humanitaires du monde entier ont dénoncé l’iniquité. Convaincus de « sodomie », ils sont en fait des prisonniers d’opinion que le régime tente de salir dans sa volonté unilatérale d’étouffer les critiques des opposants quels qu’ils soient. Ce procès démontre non seulement la dérive du système judiciaire malaisien, totalement dépendant du pouvoir, mais aussi l’illégalité de son code pénal face aux lois internationales par sa criminalisation des relations homosexuelles.
C’est en septembre 1998 qu’Anwar Ibrahim a été démis de ses fonctions au gouvernement - il était également ministre des finances - par le premier ministre Mahathir. Peu après, il était arrêté, tenu au secret durant neuf jours et torturé au nom de la loi sur la sécurité intérieure qui autorise la détention sans jugement de toute personne soupçonnée de constituer un danger pour la sécurité de l’état. Ses proches ont fait l’objet de menaces de mort et de mauvais traitements en prison jusqu'à ce qu’ils reconnaissent avoir eu des relations « illégales » avec Anwar Ibrahim. S’étant rétractés par la suite et ayant révélé les pressions exercées sur eux par la police, ils ont dû faire face à l’accusation de parjure.
A l’extérieur comme à l’intérieur de la Malaisie, le procès, entaché d’irrégularités sans nombre, de celui qui fut quelque temps un des principaux personnages de l’état, a provoqué un réveil des consciences. La population, qui croyait plus ou moins au discours des dirigeants sur la nécessité de restreindre les libertés afin de protéger la nation, commence à le remettre en cause tandis que l’opinion internationale s’intéresse davantage à la condition des individus dans ce pays. Plus encore, le traitement injuste que subit actuellement Anwar Ibrahim nous conduit à réfléchir sur les fondements mêmes des droits humains et à se réjouir qu’il existe une loi universelle qui mette les grands et les petits, les puissants et les humbles sur le même plan : celui du droit à une semblable dignité. A nous de la rendre effective !
Geoffroi |