| Dire oui aux enfants |
Jeudi 17 mai 2001 |
L'Unicef vient de rendre publique
une importante enquête réalisée auprès de 15 000 enfants et adolescents
en Europe et en Asie centrale. Ce sondage donne un aperçu sans
précédent des angoisses et des espoirs des jeunes âgés de 9 à
17 ans, à quelques mois de la Session Spéciale des Nations Unies
sur les Enfants qui doit se tenir à New York et au cours de laquelle
les résultats complets de l'étude seront révélés. Dès à présent,
il en ressort que six enfants sur dix sont confrontés à la violence
ou à des comportements agressifs dans leur environnement familial.
De ce fait, leur rêve commun est, avant tout, de vivre dans un
pays épargné par le crime et la violence, un pays en paix. Il
est à souhaiter que les dirigeants du monde entier soient sensibles
à cet appel et aient à coeur de mettre au point des mesures concrètes
pour améliorer la condition des enfants, lors de la Session Spéciale
du mois de septembre. Afin de les convaincre d'y participer activement,
l'Unicef, Nelson Mandela et Graça Machel ont lancé récemment le
Mouvement Mondial en Faveur des Enfants.
"Dites oui aux enfants" est le titre de la campagne engagée par
ce mouvement dont l'objectif est, ni plus ni moins, de rallier
chaque citoyen à cette croisade qui vise à éradiquer tout ce qui
assombrit l'avenir des enfants. Les points essentiels de son plan
d'action vont de la lutte contre la discrimination dont ils souffrent
jusqu'à la protection de l'environnement pour les générations
futures, en passant par le combat pour l'éducation et la santé
ainsi que la lutte contre le sida, le travail forcé ou l'exploitation
sexuelle... Autant de repères d'une importance majeure qui tous
exigent que nous apprenions à nous mettre à l'écoute des enfants,
et non plus à décider à leur place. Et telle est précisément l'originalité
de cette campagne en ce qu'elle accorde aux enfants un véritable
droit à la parole et entend responsabiliser les adultes quant
à leur devoir de les aider à développer leur potentiel et à prendre
confiance en eux-mêmes. Ainsi, nous découvrirons certainement
que, dans bien des cas, les enfants sont capables de faire preuve
de davantage de compassion que leurs aînés et de discerner des
réalités que nous ne sommes pas toujours en mesure de percevoir.
Et, précisément, la consultation conduite par l'Unicef auprès
des jeunes de 35 nations a quelque chose de capital à nous révéler.
Sur l'ensemble des enfants, en effet, 25 % d'entre eux croient
posséder un droit qui n'est pourtant inscrit dans aucune convention
internationale, un droit qui donne son sens à tous les autres
et à la vie elle-même : celui d'être aimé. Que pouvons-nous donc
répondre à ces enfants, nous les adultes ? Pouvons-nous leur dire
qu'un besoin, fut-il aussi inhérent à la nature humaine que celui-là,
n'engendre pas forcément un droit ? Que l'on peut avoir faim et
ne rien recevoir à manger, que l'on peut avoir froid et n'avoir
aucun endroit où aller ? Pourtant, toute personne soucieuse du
mieux-être des enfants de la planète trouvera normal d'exiger
des gouvernements qu'ils consacrent d'abord leurs efforts à nourrir
les petits affamés, à les protéger, à les soigner, à les éduquer
! Mais nous ne songeons pas, cependant, à réclamer à ceux dont
dépend leur avenir qu'ils les aiment... Cela vient, assurément,
de ce que les adultes sont pleinement au fait qu'ils ne peuvent
ni ne doivent contraindre leur semblable à les aimer. Mais cela
dérive aussi d'une profonde inconscience : celle du besoin intense
que nous avons d'aimer tout et tous. Et lorsque nous aurons trouvé
le juste équilibre entre ces deux vérités, nous réaliserons que
ce droit que revendiquent les enfants, nous avons les moyens d'y
faire face. Dès lors, nous serons véritablement en mesure de leur
dire "oui" sans réserve.
>> Mouvement
Mondial en Faveur des Enfants
Geoffroi |