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l'autre bout de la chaîne |
Mardi 17 avril 2001
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Cela fait maintenant plus de deux semaines que les autorités du Bénin sont à la recherche d'un cargo nigérian transportant à son bord 180 enfants voués à être vendus comme esclaves au Gabon. Il y a quelques jours, le bateau a dû quitter le port de Douala, au Cameroun, où il lui avait été interdit d'accoster : depuis, plus de nouvelles des enfants dont certains seraient très malades. Et l'on craint même que le capitaine du navire, conscient des risques qu'il encourt, ne se soit déjà débarrassé de son encombrante "cargaison"... Le Bénin est réputé pour être une plaque tournante du trafic d'enfants esclaves et si son gouvernement fait enfin mine de s'intéresser à ce phénomène en constante expansion, c'est parce que des organisations humanitaires, comme l'UNICEF, n'ont cessé de le rappeler à ses responsabilités.
D'après les ONG, ce sont plus de 200 000 enfants qui travaillent comme esclaves en Afrique de l'Ouest, que ce soit dans les plantations de cacao de Côte d'Ivoire, de café et de coton du Cameroun ou comme domestiques chez des familles aisées au Gabon. Certains d'entre eux ont moins de dix ans, travaillent douze heures par jour et sont couramment abusés sexuellement. De même, des dizaines de milliers de fillettes sont contraintes à la prostitution. Ce désastre humain prend, comme toujours, sa source dans la pauvreté : les trafiquants se rendent dans les régions rurales de pays comme le Bénin ou le Togo et achètent les enfants à leurs parents pour quelques dollars, leur promettant qu'ils seront bien éduqués à l'étranger et toucheront de bons salaires qu'ils pourront envoyer à leur famille. Une fois les enfants revendus, il est bien rare qu'ils puissent retourner dans leur pays, si seulement ils ont survécu à leur voyage dans des cargos rouillés et aux mauvais traitements...
Oui, en lisant les rapports des organisations humanitaires traitant de l'esclavage des enfants, l'on se croirait vraiment transporté plusieurs siècles en arrière, à l'époque où le littoral ouest-africain était connu sous le nom de "Côte des Esclaves" ! Les occidentaux qui, autrefois, dégustaient leur tasse de chocolat ou de café ignoraient sans doute les conditions dans lesquelles les précieuses fèves étaient récoltées et les compagnies qui en assuraient le négoce devaient fermer les yeux sur ces ignobles pratiques. Aussi incroyable que cela puisse paraître, le consommateur du vingt-et-unième siècle, bien que surinformé, n'est pas forcément plus conscient que son ancêtre qu'il participe, lui aussi, à un détestable commerce. Quant aux multinationales qui s'enrichissent "avec la sueur et le sang" des enfants - raccourci qui peut sembler facile mais qui s'avère pourtant véridique puisqu'aucune d'entre elles ne se soucie de cette tragédie - elles sont rompues à l'art de feindre l'impuissance et promptes à l'invocation de prétextes économiques. Et nous, humbles buveurs de chocolat ou de café, lorsque nous découvrons que nous sommes, en quelque sorte, les "complices" de ces négriers, n'éprouvons-nous pas parfois un désagréable sentiment fait de culpabilité et de sensation d'être constamment trompés ? Oui, il semble bien que nous soyons tenus en laisse par une loi du marché inique et ses serviteurs empressés que sont les firmes transnationales ! Mais à l'autre bout de la chaîne, il y a plus misérable que nous. Libérons-le, libérons-nous.
Geoffroi
Lectures conseillées :
>> Les Enfants esclaves. L'Enfer quotidien de 300 millions d'enfants - Martin Monestier : Travailleurs forcés, esclaves sexuels, soldats malgré eux, à l'aube du 21e siècle, le sort de millions d'enfants à travers le monde semble très précaire. Rien ne leur est épargné: trafic d'organes, mutilations, exécutions par les escadrons de la mort, adoptions frauduleuses, sans oublier l'élimination des fillettes en Inde et en Chine, et l'esclavage pur et simple qui sévit dans certains pays musulmans, notamment le Soudan et les Emirats arabes.
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>> L'Esclavage moderne - Maurice Lengellé-Tardy : Toutes les formes contemporaines de la servitude, dans différents pays, sont passées en revue. Cette étude préconise une nécessaire coordination au sein des organisations internationales pour lutter contre ce fléau, en assurant enseignement et santé à chaque enfant puis emploi à chaque jeune adulte.
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>> La Pensée 2003, numéro 336 : L'esclavage moderne - Collectif : Anaclé BISSIELO : Le trafic des enfants au Gabon - Roger BOTTE : Economies trafiquantes et mondialisation : la voie africaine vers le développement ? - Moustapha DIOP : Les descendants de l’ancien groupe servile au Fouta Djalon et enjeux de développement rural : entre conquête économique et citoyenneté locale - J.R.RANDRIAMARO : L’expression du politique par lez populaire à Madagascar : l’exemple des Mainty - Pascal MENORET : Analyse de la réponse des intellectuels des Etats Unis : Comment cohabiter. Une réponse à : Pourquoi nous nous battons. - Etude de quatre ouvrages parus récemment sur l’oeuvre de Jean Jacques Rousseau.
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