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Comment va la dictature ?
17 janvier 2001


Le président de la République Démocratique du Congo, Laurent-Désiré Kabila, a été assassiné hier dans des conditions encore mal élucidées. Annoncé tout d’abord comme survenu lors d’un coup d’état ayant eu lieu au palais présidentiel, il semble à présent que l’attentat ait été perpétré par l’un de ses gardes du corps, au cours d’une réunion avec des généraux mis à pied. La communauté internationale ne va certainement pas pleurer la mort du dictateur, convaincu de népotisme, de corruption et de crimes contre l’humanité, notamment contre les réfugiés Hutu du Rwanda. Toutefois, on ne peut s’empêcher de se demander, d’une part, à qui profite le crime et, d’autre part, ce qu’il va advenir de la population congolaise saignée à blanc par des années de guerre civile ?

Laurent-Désiré Kabila était arrivé au pouvoir au mois de mai 1997, à la tête d’une rébellion marxiste soutenue par le Rwanda. Lui qui avait mis fin au règne tyrannique de Mobutu Sese Seko, devait se révéler tout aussi autoritaire. Soucieux d’être maître chez lui, Kabila fit rapidement comprendre à ses anciens alliés qu’ils devaient quitter le pays : aussitôt, ceux-ci proposèrent leurs services à d’autres factions rebelles et, très vite, la région devint le champ de bataille de plusieurs nations africaines, l’Ouganda et le Rwanda appuyant les rebelles, tandis que l’Angola, la Namibie et le Zimbabwe se plaçaient aux côtés du régime de Kinshasa. Aujourd’hui, la situation a peu évolué, malgré les cessez-le-feu et l’accord de paix - jamais respecté - de Lusaka. La République Démocratique du Congo est séparée en deux, les troupes rebelles occupant le nord et l’est du pays... Quant à la population, elle subit les retombées de l’effort de guerre et de la mauvaise gestion des décennies précédentes : pauvreté et massacres constituent son ordinaire.

Pourtant, l’ex-Zaïre aurait dû connaître la prospérité. Troisième pays d’Afrique par la taille, son potentiel minier est gigantesque : il détient des ressources considérables en or et en diamant ainsi que des minerais à haute valeur stratégique. Mais c’est là, précisément, que réside la cause de son malheur : si le Rwanda et l’Ouganda, nations parmi les plus pauvres de la planète, financent les armées rebelles, ce n’est pas, bien sûr, pour des raisons idéologiques, mais pour opérer tranquillement le pillage du sous-sol congolais. Un vol sur lequel l’Occident ferme les yeux quand il ne le favorise pas (par exemple, lorsque les militaires américains entraînent les soldats rwandais ou leur fournissent de l’armement) ! Les pays développés y sont ainsi poussés, à la fois par le sentiment de culpabilité qu’ils éprouvent du fait de leur indifférence lors du génocide rwandais, et par les intérêts « supérieurs » de l’industrie minière...

A présent, avec le décès du despote Kabila, l’on s’oriente de plus en plus vers la partition de la République Démocratique du Congo, au nom de la géopolitique et de la géoéconomie, domaines où les droits fondamentaux et le bien-être des populations n’ont pas la moindre place. Un dictateur est mort. La dictature, elle, se porte bien.

Geoffroi Contact


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