| L'Homme global |
17 octobre 2000 |
L’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) a rendu public hier son rapport 2000 évaluant ce qu’elle nomme pudiquement « l’insécurité alimentaire » dans le monde. On y découvre que le nombre d’individus souffrant de la faim recule chaque année de huit millions. Y a-t-il pour autant de quoi s’en réjouir ? Certes non ! Sur l’ensemble de la planète, ce sont encore 826 millions d’êtres humains qui sont plus ou moins gravement sous-alimentés, soit près d’une personne sur six. L’objectif de faire tomber ce chiffre à 400 millions en 2015, ainsi que les nations s’y étaient engagées lors du dernier Sommet mondial de l’alimentation, ne sera donc pas atteint.
Lorsqu’ils traduisent une réalité d’une telle ampleur, les chiffres ne peuvent que nous plonger dans la perplexité et l’embarras. Ils sont, bien évidemment, incapables de nous restituer le drame de la quête angoissante de nourriture au jour le jour : le fardeau des chefs de village qui n’ont pas les moyens de nourrir leur population ou le désespoir de la maman qui voit dépérir son enfant et n’a rien à mettre dans son écuelle... Ainsi, si la communauté internationale avait tenu ses engagements pris en 1996 et que le chiffre de 400 millions d’affamés soit proche d’être atteint, il n’y aurait, de toutes façons, aucune raison de crier victoire. Nous pourrions seulement éprouver un relatif soulagement devant le spectacle d’une humanité prenant enfin conscience de ses responsabilités. Aujourd’hui, ce n’est malheureusement pas le cas.
Bien sûr, le rapport de la FAO ne manque pas d’attirer notre attention sur l’exigence morale qui doit prévaloir face à ce fléau qu’est la faim : comment tolérer, en effet, que tant d’individus soient ainsi privés de leur « droit d’être libérés de la faim », alors que le monde connaît une prospérité sans précédent ? Et c’est sans parler des effets néfastes de la malnutrition sur l’économie des pays pauvres : les manques de productivité associés aux maladies et aux décès qu’elle entraîne constituent un obstacle majeur à leur développement. Malgré cet ensemble d’arguments, la communauté internationale ne se décide toujours pas à prendre les choses au sérieux. Pourquoi ? Parce qu’elle est incompétente au moins dans deux domaines : elle est incapable de distinguer les besoins vitaux de l’humanité, de même qu’elle est inapte à discerner les besoins profonds des individus. Pire, il serait peut-être plus juste de parler de refus plutôt que d’incompétence, tant les dirigeants de la planète semblent réfractaires à tout ce qui pourrait amoindrir leur puissance...
A l’heure où la mondialisation est sur toutes les lèvres - spécialement celles des investisseurs et des financiers - les politiques à courte vue que l’on nous sert s’exposent dans leur incommensurable stupidité : limitées aux frontières vieillottes des nations, à l’intoxication du citoyen et à l’opulence des élites, elles n’ont d’ouvert sur le monde que leur porte-monnaie. Pourtant, si les pays riches veulent continuer à progresser sur la voie de la prospérité, il est de leur intérêt de résoudre au plus vite la question de la faim, de la pauvreté et d’œuvrer concrètement pour la paix. A l’heure où de plus en plus d’êtres humains découvrent les bienfaits innombrables de la communication avec leurs semblables, les maigres lambeaux de pouvoir que nos représentants daignent nous accorder ne parviennent plus à dissimuler l’impuissance dans laquelle ils nous tiennent : réduits à exprimer notre opinion au moyen d’un bulletin de vote aux effets de plus en plus virtuels ou d’une pétition vouée à finir dans les poubelles d’un ministère, les individus n’ont guère que leurs prières pour faire changer le monde. Pourtant, si les puissants veulent continuer à s’adonner à leurs « menus plaisirs », il est de leur intérêt de permettre à leurs électeurs de peser davantage dans les décisions, en accordant bien plus de poids à la société civile.
Il y a, aujourd’hui, beaucoup de gens pour lesquels le chiffre de 826 millions de crève-la-faim a une signification : c’est un appel à se donner qui correspond précisément à leur désir d’accomplissement. Que les politiques cessent donc de mettre des bâtons dans les roues de ceux qui veulent mettre leur énergie au service de leurs semblables. Que les êtres cessent de réprimer leur besoin de se donner, par crainte de l’exclusion sociale. Et que surgisse enfin l’Homme global.
Geoffroi
Lecture conseillée :
>> Géopolitique de la faim : Faim, famines, guerres - Action contre la Faim, Jean-Christophe Rufin (Préface)
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>> L'Aide au développement à l'heure de la mondialisation - Michèle Bailly, Patrice Dufour : Depuis une dizaine d’années, l’aide au développement est en crise et la part que lui consacrent les pays industrialisés a fortement diminué. Pourtant, comme l’a brutalement rappelé la destruction des tours du World Trade Center, le monde est UN.
Il est inacceptable – et suicidaire – d’ignorer que la moitié de l’humanité vit avec moins de deux dollars par jour. Alors que la mondialisation bouleverse le quotidien de milliards d’êtres humains, l’heure est venue de faire revivre l’ardente obligation du développement. Les leçons tirées du passé et les pistes nouvelles ouvertes par les recherches récentes sont riches de promesses : il faut s’engager résolument dans cette voie pour faire reculer la pauvreté.
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>> Atlas mondial du développement durable : Concilier économie, social, environnement - Anne-Marie Sacquet : Le développement durable s'est imposé au Sommet de la Terre de Rio, en 1992, sur le constat de l'échec d'un mode de croissance épuisant la planète et reléguant la grande majorité des peuples dans la pauvreté. Plus de 170 chefs d'État et de gouvernement signent alors, en présence de milliers d'associations, un programme d'actions pour le XXIe siècle, l'Agenda 21. Ce programme propose un développement durable "conciliant préservation de l'environnement, équité sociale et efficacité économique", garantissant ainsi le bien-être de tous les habitants de la planète, sans compromettre l'avenir des générations futures. Qu'en est-il, dix ans après Rio, et au lendemain du Sommet de Johannesburg ? Comment s'est traduit dans les faits l'Agenda 21 ? Quels engagements ont pris les États, les entreprises, les collectivités ? Quel est aujourd'hui l'état de la planète et comment vivent ses habitants ?
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>> Programme de lutte contre la faim : une action sur deux fronts
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>> Une tragédie banalisée - Sylvie Brunel, Action internationale contre la faim
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