| Féodalité... |
16 août 2000
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Le poète chinois Bei Ling, directeur de la revue littéraire « Tendency Quarterly », a été arrêté à Pékin alors qu’il s’apprêtait à rencontrer des écrivains connus pour leur désaccord avec le régime. Cette arrestation intervient alors que les autorités se sont lancées, depuis le début de l’année, dans une campagne de redressement idéologique qui n’est pas sans rappeler la grande époque du maoïsme. A l’heure où la Chine se prépare à faire son entrée dans l’Organisation Mondiale du Commerce et compte déjà plus de 15 millions d’internautes, le pouvoir communiste déploie tout son savoir-faire pour éradiquer ce germe du « libéralisme bourgeois » qu’est la liberté d’expression, espérant ainsi protéger pour quelques temps encore ses intérêts féodaux...
Comme à son habitude, le régime s’efforce donc de contrôler tout ce qui pourrait remettre en cause son autorité : il s’emploie à traquer la moindre critique concernant sa politique à l’égard du Tibet ou de Taiwan ou sa campagne d’élimination du Falun Gong, à éradiquer la plus petite remise en cause du système gangrené par la corruption et coupable d’innombrables violations des droits humains etc. Mais pour mener à bien sa tâche d’anéantissement de toute pensée subversive, il doit faire face à l’Internet qui constitue un nouveau défi avec ses forums de discussion et son courrier électronique. En juin, par exemple, la police a arrêté Huang Qi, le webmestre d’un site traitant des droits de l’homme : il risque la prison à vie. A cette occasion, l’organisation humanitaire Human Rights Watch avait lancé un appel aux compagnies étrangères impliquées dans le développement de l’Internet chinois, leur enjoignant de ne pas rester indifférentes au sort des internautes dissidents harcelés par le pouvoir : l’ONG leur demandait alors de s’inquiéter publiquement du sort de Huang Qi. Les multinationales du Net firent la sourde oreille...
Ainsi, alors que les entreprises spécialisées dans les hautes technologies de l’information présentent l’Internet comme le fer de lance de la liberté d’expression et l’instrument ultime de la démocratie directe, elles se compromettent avec un gouvernement qui en est l’ennemi juré. Pire, elles favorisent la diffusion à grande échelle de sa propagande ! On pourrait s’étonner qu’une si fructueuse collaboration puisse avoir lieu entre un régime communiste et des industries capitalistes à l’extrême. Ce serait pure naïveté ! Ils appartiennent tous à un même monde, à un univers féodal où les droits des individus n’ont aucune valeur.
Geoffroi |