| Le traité de "nices" |
Samedi 16 juin 2001 |
Des heurts violents entre les forces de l'ordre et les manifestants ont eu lieu à Göteborg, perturbant sérieusement le sommet européen et faisant plusieurs dizaines de blessés. Un policier suédois, pris de panique, a même fait usage de son arme, blessant grièvement un jeune homme et soulevant la réprobation générale : que la police ait choisi d'utiliser des armes à balles réelles et des chiens d'attaque au lieu des traditionnels canons à eau et balles en caoutchouc, voilà qui mérite que l'on s'interroge sur les intentions du gouvernement. Et lorsque l'on entend le premier ministre suédois déclarer que "les manifestants lancent un défi à la démocratie", l'on comprend mieux la manoeuvre des fanatiques de l'Europe néo-libérale : faire passer l'ensemble des acteurs de la société civile pour des individus dangereux. Mais il suffit de voir avec quel dédain les dirigeants européens ont réagi au vote négatif des Irlandais relativement au traité de Nice, pour comprendre que les véritables ennemis de la démocratie ne sont pas forcément ceux que l'on nous jette en pâture...
De nos jours, toute personne douée d'un certain sens des responsabilités est immanquablement vouée à être étiquetée, au mieux, comme grincheuse, au pire, comme antisociale. Et pour que l'amalgame s'opère dans les esprits, rien de mieux qu'une poignée de surexcités qui transforment une manifestation pacifique en émeute, pour que la messe soit dite : ceux qui refusent l'Europe, telle que les puissants nous la préparent, sont aussitôt classés parmi les délinquants. Alors, répétons-le une fois de plus : "que cesse donc l'hypocrisie !" Il y a une semaine, le peuple irlandais - le seul à avoir été consulté à propos du traité de Nice - a rejeté sans équivoque cet accord qui vise à faire disparaître le secteur public, diminuer les droits des travailleurs et "marchandiser" tout ce qui peut l'être... De l'avis des observateurs, ce traité aurait été largement refusé par les Européens, si seulement ils avaient pu se prononcer à son sujet. Mais telle n'était pas l'intention de l'élite qui exige aujourd'hui que les Irlandais votent à nouveau, l'année prochaine, et dans le "bon sens" cette fois !
De telles manipulations et un si grand mépris des droits des gens ordinaires ont de quoi faire enrager le plus pacifique des humanistes... Mais la sérénité et la confiance possèdent de solides arguments. Quoi que nous présentent les médias traditionnels et même si les cartes semblent passablement truquées, il y a de bonnes raisons d'espérer que le droit et le coeur triompheront. Qui peut, en effet, souhaiter que l'argent ait systématiquement le dernier mot dans nos débats de société ? Qui peut vouloir longtemps de ce monde injuste, militarisé à outrance, destructeur de l'environnement et insensible aux besoins et aux souffrances de l'immense majorité de ses habitants ? Sans doute une infime minorité de profiteurs qui courent à leur perte, avec la désinvolture que seule l'inconscience peut conférer. Travaillons donc, sans relâche, à faire connaître les vraies valeurs susceptibles d'élever la conscience individuelle et de permettre à chacun de se libérer des conditionnements et du bourrage de crâne permanent. Et laissons aux "nices" (ignorants) leur traité.
Geoffroi
Lectures conseillées :
>> La Grande Désillusion - Joseph Eugene Stiglitz, Paul Chemla (Traduction) : Vice-président de la Banque mondiale, Joseph Stiglitz démissionna avec fracas de son poste en 2000. Auréolé d'un Prix Nobel d'économie reçu en 2001, il fait ici le procès des politiques prônées par le Fonds monétaire international. Avec pédagogie et sur un ton incisif, il décrit avec moult anecdotes comment les grands argentiers ont contribué à façonner l'économie mondiale, et dénonce leurs décisions davantage fondées sur les intérêts des pays riches que sur ceux des pays "aidés". S'il ne remet pas en cause pour autant la mondialisation, "potentiellement capable d'enrichir chaque habitant de la planète en particulier les plus pauvres", il réclame une réforme en profondeur du fonctionnement des institutions internationales, pour mettre fin à ce "consensus de Washington" dont l'échec est patent.
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>> L'illusion économique - Emmanuel Todd : À la double utopie, économique et monétaire, d'une mondialisation dont les contre-performances sont patentes, et à la démission des classes dirigeantes, Emmanuel Todd oppose un retour à une forme de protectionnisme national dans les relations commerciales extérieures, qui permettrait le renforcement du libéralisme à l'intérieur, la relance de la demande globale, et par-là même un véritable retour à l'idéal démocratique égalitaire, actuellement largement bafoué par les élites dirigeantes.
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>> Attac : Contre la dictature des marchés - Bernard Cassen, Liêm Hoang-Ngoc, Pierre-André Imbert (Sous la direction de) : Des outils de réflexion et d’action pour résister à la toute puissance des marchés.
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>> Le profit avant l'homme - Noam Chomsky : Dans cet ouvrage, Noam Chomsky ne se contente pas de dénoncer les injustices économiques qu'entraîne le règne sans partage, à travers le monde, de la doctrine néo-libérale. Il démontre de façon implacable que les dirigeants du monde riche tiennent un double langage, contant les mérites de la liberté des marchés mais prenant toutes sortes de mesures pour y échapper eux-mêmes. Il montre surtout que les politiques économiques libérales ont été mises en oeuvre aux dépens de la démocratie, c'est-à-dire imposées d'en haut, et parfois dans le plus grand secret.
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