| Terre de compromis |
Mercredi 16 mai 2001 |
La commémoration de la création de l'état d'Israël - considérée par les Arabes comme "al-Nakba, la Catastrophe" - a donné lieu, hier, à de sanglants affrontements, causant la mort de quatre Palestiniens, blessant des centaines d'autres et tuant une Israélienne. Pour l'occasion, Yasser Arafat a appelé la communauté internationale à s'élever contre l'injustice infligée à son peuple, tandis qu'un porte-parole du gouvernement israélien lui reprochait d'avoir "manqué une opportunité d'ordonner l'arrêt des violences". Au même moment, les premiers éléments du rapport Mitchell sur le conflit israélo-palestinien étaient révélés à la presse : tout en condamnant l'attitude belligérante des deux camps, il y est indiqué qu'Israël doit mettre un terme immédiat à la colonisation des territoires occupés, une injonction à laquelle le premier ministre, Ariel Sharon, refuse catégoriquement de se plier.
A l'évidence, l'on voit mal comment le processus de paix pourrait reprendre, alors que le gouvernement israélien continue de violer les lois internationales en invitant des milliers de "pionniers" à s'implanter sur le sol revendiqué par les Palestiniens. Beaucoup d'Israéliens, conscients des exigences de la paix, sont d'ailleurs opposés à ce mouvement qu'ils estiment comme étant le fait d'extrémistes fanatiques. Ce sont, en effet, des motifs religieux qui poussent un grand nombre de colons à s'implanter sur la "Terre Promise", et cela avec d'autant plus de ferveur que l'état hébreu les y encourage financièrement. Pour les défenseurs des droits humains, il est déjà extrêmement difficile de faire en sorte que les nations respectent les lois qu'elles se sont elles-mêmes fixées. Mais le problème devient quasiment insoluble lorsque Dieu, en personne, vient bouleverser les règles du jeu. En promettant le pays de Canaan à Abraham, que n'a-t-il pas fait là ! Les prophètes ont eu beau dire, par la suite, que seule l'infidélité du "peuple élu" pouvait expliquer sa déportation en Babylonie, comment dissuader les croyants des temps modernes de rendre effective une promesse que leur Dieu, "courroucé", ne semble plus disposé à tenir ?
Il y a, chez l'être humain, une tendance très forte qui consiste à se référer à une puissance extérieure pour se forger une identité. Ainsi, des hommes trouveront un sens à leur vie en déclenchant une guerre "sainte", sous le prétexte que Dieu leur aurait ordonné d'exterminer les infidèles ; leurs ennemis rivaliseront aussitôt de cruauté au nom d'une semblable révélation divine et d'autres encore violeront les lois élémentaires de la fraternité et n'hésiteront pas à déposséder leurs voisins, persuadés d'exécuter en cela un ultime décret céleste. Mais s'il arrive que l'homme soit lassé des tueries et des injustices sans nom commises pour plaire à l'Etre Suprême, que peut bien ressentir ce dernier devant le spectacle de tant de violence ? On peut au moins avancer, sans craindre de le trahir, qu'il aurait des raisons d'être attristé de voir que l'homme répand le sang dans ce pays où lui-même s'est plu à faire couler "le miel et le lait"... Oui, l'être humain a fait de cette "Terre Promise" une terre compromise, à force de chercher ailleurs qu'en lui-même une légitimité à son existence. Mais s'il se donne le temps d'ensemencer la jachère de son coeur, il y a encore de l'espoir pour qu'elle devienne un jour une terre fertile de compromis.
Geoffroi 
Lectures conseillées :
>> Palestine - Israël. Approches historiques et politiques - Collectif , Samaha Khoury : Le destin de la Palestine est, depuis toujours, tragique. L'histoire de cette terre est celle d'incessants conflits. La violence qui s'y manifeste est probablement liée au fait religieux : sur une “Promesse divine” se sont greffées des réalités politiques. Tout cela engendre contestations et discordes, là où il faudrait une sage organisation, respectueuse des droits de tous, et des compromis à défaut de consensus. Il est difficile d'expliquer le conflit israélo-arabe sans recourir à l'histoire et sans revenir sur la fameuse “Promesse de Yahvé”, sur l'idéologie sioniste et le rêve de la “Terre Promise”, sur la déclaration de Balfour et enfin sur les décisions de l'ONU, surtout celle du partage de 1947, et leur nonapplication. Avec l'accord d'Oslo de 1993, la paix semblait pouvoir s'établir. Mais cet accord était-il véritablement l'œuvre commune de toutes les parties en présence ? La paix qui devait résulter de cet accord n'était-elle pas plutôt une fausse paix, annonciatrice de futures catastrophes ?
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>> Israël-palestine, des femmes contre la guerre - Collectif : « Qu’est devenue la voix des Israéliens en faveur de la paix ? » En moins d’un an d’Intifada et bien avant les attentats les plus sanglants en Israël, la majorité de la population israélienne, auparavant en faveur de la paix, en est venue à élire Sharon et à réclamer encore plus de répression contre les Palestiniens. Des femmes contre la guerre arrive à point pour répondre à cette importante question. L’on y mesure d’abord que, même s’il est faible, le mouvement pacifiste israélien existe et qu’il mène courageusement et sans répit des actions sur le terrain. Fer de lance du mouvement, des groupes de femmes dont on trouvera ici les motivations, les récits de leurs actions dans les territoires occupés et en Israël et leurs prises de positions conjointement à celles d’autres associations.
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>> Israël, Palestine : La Vérité sur un conflit - Alain Gresh : Ce livre est né d'une indignation, mais aussi d'une volonté de comprendre, de faire comprendre. En quelques mois, tous les espoirs de paix au Proche-Orient, nés de la poignée de main historique entre Yasser Arafat et Itzhak Rabin en 1993, se sont effondrés. La seconde Intifada a exprimé les limites des accords signés. En France, cette révolte a suscité des solidarités souvent “communautaires”, de la part des juifs comme des Arabes. Faut-il se résigner à ces dérives ? N'existe-t-il pas un discours laïque susceptible de transcender ces divisions ? Alain Gresh est rédacteur en chef du Monde diplomatique et auteur de plusieurs ouvrages, dont avec Dominique Vidal, Les 100 portes du Proche-Orient (L'Atelier, 1996), et, avec Tariq Ramadan, L'Islam en question (Actes Sud, 2001).
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