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D'armes et de larmes
16 et dimanche 17 décembre 2000


La semaine dernière, les Etats-Unis et la Russie ont décidé d’accentuer sérieusement leur pression sur le régime au pouvoir en Afghanistan. C’est ainsi que le Conseil de Sécurité des Nations Unies étudie actuellement une résolution visant à imposer un embargo sur les ventes d’armes aux Talibans, ainsi que sur le trafic aérien. Par ce dispositif, les Etats-Unis espèrent obtenir des autorités de Kaboul qu’elles cessent de soutenir l’ancien homme d’affaires saoudien, Ossama ben Laden, soupçonné d’être à l’origine de nombreux actes terroristes dont les destructions d’ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie, de même que le récent attentat contre le USS Cole au Yemen. Par ailleurs, les Nations Unies souhaitent également contraindre les Talibans à stopper leurs exportations massives de drogue : ils sont, en effet, les premiers producteurs d’opium de la planète. Malheureusement - et comme l’on pouvait s’y attendre - les mesures envisagées par le Conseil de Sécurité laissent complètement dans l’ombre la question, pourtant vitale, des droits humains.

C’est ce que faisait remarquer l’organisation humanitaire américaine Human Rights Watch dans une lettre adressée hier aux membres du Conseil de Sécurité. L’ONG réclame ainsi que l’embargo sur les armes frappe également le Front Uni du commandant Massoud, coupable lui aussi de graves violations des droits de l’homme. Elle appelle la communauté internationale à se soucier d’abord des conditions de vie terribles des civils, dans ce pays ravagé par des années de guerre et une sécheresse sans précédent qui met en danger les vies d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants. Bombardements de cibles civiles, représailles, exécutions sommaires de prisonniers, pillages et incendies de villages ou de récoltes ont poussé près de 150 000 personnes à quitter leur foyer et des dizaines de milliers d’autres à fuir le pays. Tout cela n’a pas dissuadé le Pakistan de procurer des armes et des munitions aux Talibans, pas plus que la Russie et l’Iran n’ont ralenti leurs affaires avec les militaires du Front Uni. Et c’est sans parler des états européens qui vendent clandestinement leurs canons aux afghans par l’intermédiaire de pays tiers ou d’agents privés...

A l’évidence, il importe au plus haut point qu’un embargo ne profite à aucun des ennemis en présence, ce qui relancerait le conflit et causerait encore plus d’outrages à la population. Seule une résolution allant dans ce sens, et dont l’application serait surveillée par des observateurs sur le terrain, pourra autoriser enfin l’acheminement de l’aide humanitaire dont le peuple a tant besoin. Si cela reste, bien entendu, fort délicat à mettre en place, les pays développés seraient parfaitement à même de l’imposer aux Talibans et à leurs adversaires si seulement leur volonté politique était claire. Mais dès lors que des nations s’enrichissent par le commerce des armes, leur détermination en matière de respect des droits humains et des principes démocratiques devient aussi floue que leur moralité est improbable. Les pays nantis ne peuvent espérer que cessent les actes terroristes alors qu’ils procurent des armes, plus ou moins directement, à ceux qui les commettent. Et de même, le trafic de drogue ne connaîtra pas de ralentissement tant que les bénéfices qui en proviennent permettront aux régimes tyranniques de payer l’armement que nos gouvernements se réjouissent de leur fournir. Si la communauté internationale veut éviter d’avoir un jour à verser davantage de larmes, qu’elle s’emploie d’abord à essuyer celles qu’elle contribue à faire couler chez les afghans, en leur déversant des flots d’armes.

Geoffroi


Lectures conseillées :

>> Sur les traces de Ben Laden : le jeu trouble des Américains - Mohamed Sifaoui : Plus de deux années après les attentats du 11 septembre 2001, Oussama Ben Laden est tantôt donné pour mort, tantôt pour blessé. Le chef d'Al-Qaida revient cycliquement sur la scène médiatique pour montrer que lui, son état-major et son organisation n'ont pas été sérieusement affectés par la lutte mondiale contre le terrorisme. Comment expliquer les échecs de la lutte antiterroriste lancée par les Américains, qui ne sont pas seulement dûs à la méconnaissance du phénomène islamiste? Cette enquête menée sur le terrain au Pakistan et en Afghanistan fait ressortir une série d'indices et de témoignages qui montrent que les stratèges de la Maison Blanche ont sciemment « retardé » la neutralisation d'Oussama Ben Laden. Celui-ci se cache depuis plusieurs mois au Waziristân, une zone tribale encerclée discrètement pour limiter les déplacements du chef d'Al-Qaida. Pourquoi? D'abord, la manipulation du danger islamiste est une sorte de culture chez l'administration américaine. Ensuite, parce qu'il fallait absolument renverser le régime irakien avant de neutraliser le chef d'Al-Qaida. Enfin, la décision de « reporter » l'arrestation de Ben Laden est due à des calculs électoralistes. En effet, le 2 novembre 2004 se dérouleront les présidentielles américaines : quoi de mieux que l'arrestation de Ben Laden, quelques semaines auparavant, pour assurer la réélection de Bush ? Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Ben Laden : La vérité interdite - Jean-Charles Brisard, Guillaume Dasquié : La monarchie saoudienne s'est longtemps livrée à un double jeu sur l'échiquier international. Dans ses immenses réseaux politiques et financiers ont lieu les rencontres les plus inattendues entre fanatiques de l'islam et banquiers respectables, grands pétroliers américains et lobbyistes pro-taliban, membres du clan Bush et mécènes du terrorisme... Cette enquête révèle la longue histoire de ces liaisons dangereuses qui s'achèvent avec les attentats du 11 septembre 2001. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> L'Islam mondialisé - Olivier Roy : Olivier Roy, grand spécialiste de l'Afghanistan ainsi que des conflits arabo-musulmans livre un essai éclairant la véritable position de l'islam aujourd'hui et l'influence trop souvent éludée de l'Occident sur les mouvements néo-fondamentalistes. Il démontre que "la radicalisation islamique vient d'Occident". Magistralement, il dévoile les crises du monde musulman qui, asphyxié de l'intérieur, se recompose de l'extérieur en intégrant des schèmas de pensée occidentaux. Il nous présente un islam en pleine mutation, dont les pratiquants affirment de plus en plus une individualisation de leur rapport à la foi et un refus des hiérarchies traditionnelles. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Massoud l'Afghan - Christophe de Ponfilly, Olivier Roy (Préface) : "Afghanistan. Pays lointain, en guerre, dont tout le monde se fout. Ou presque... Dans le tumulte d'images et de sons du monde moderne, tenir une caméra a-t-il encore un sens ? Lorsque j'ai commencé ce film, il y a 16 ans, je ne me posais pas la question. J'allais rencontrer des hommes remarquables dont le commandant Massoud. Pas des héros de pacotille, ni des produits de marketing comme on nous en fabrique tant aujourd'hui. J'ai rassemblé les traces de cette singulière aventure pour survivre à tout ce bluff qui nous entoure... et pour quelque chose de plus précieux que je vais vous confier" Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !



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