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L'Espoir des humbles
16 octobre 2000


Le Prix Nobel de la Paix 2000 vient d’être attribué au président sud-coréen Kim Dae Jung pour ses efforts incessants en faveur de la réconciliation entre les deux Corée, divisées depuis plus de cinquante ans. La célèbre distinction récompense également le combat de Kim Dae Jung en faveur du respect des droits de l’homme et de la démocratie en Asie : il a, par exemple, toujours soutenu la représentante de l’opposition birmane, Madame Aung San Suu Kyi, de même qu’il s’est élevé contre la répression au Timor Oriental. Personnage complexe, critiqué dans son pays et apprécié à l’étranger, Kim Dae Jung fait partie de ces hommes dont l’Asie a besoin pour se convaincre que l’universalité des droits humains n’est pas une invention de l’Occident, mais bien un idéal commun à tous les peuples de la terre.

Le parcours de l’actuel dirigeant de la Corée du Sud est, en effet, celui d’un authentique défenseur de la liberté. Emprisonné ou maintenu en résidence surveillée durant de longues années, forcé à l’exil ou menacé de mort, il n’a pourtant jamais renoncé à sa lutte contre les dictatures qui se succédèrent dans son pays. En 1973, Kim Dae Jung vit sa mort de très près lorsque des agents des services secrets l’abandonnèrent en pleine mer sur un bateau, les yeux bandés et des poids attachés aux chevilles : il ne dut son salut qu’à la ferme intervention des Etats-Unis auprès du gouvernement de l’époque dirigé par le général Park Chung Hee. Candidat malchanceux lors de plusieurs élections, il parvint finalement au pouvoir en 1997, à l’âge de 72 ans. Sa « Politique de la Clarté » visant à la réunification avec la Corée du Nord lui a valu la considération internationale...

Aujourd’hui, alors que Kim Dae Jung vient d’être honoré par la plus prestigieuse des récompenses internationales, les défenseurs des droits humains espèrent que le président coréen saura faire preuve du même courage - que celui qui a caractérisé son action durant quarante ans - pour résister aux pressions de son imposante voisine, la République Populaire de Chine : celle-ci espère empêcher une visite du Dalaï Lama en Corée du Sud, au mois de novembre, et menace son gouvernement d’une détérioration des relations bilatérales au cas où il laisserait le chef spirituel des tibétains pénétrer sur son territoire. C’est donc, pour Kim Dae Jung, l’occasion ou jamais de montrer au monde que les lois internationales qui régissent les droits fondamentaux des individus ont plus de poids que les tentatives d’intimidation de la part d’un régime tyrannique. Le Prix Nobel de la Paix n’a, en effet, rien de commun avec une décoration décernée pour un quelconque mérite : il représente, bien plus, l’expression de l’exigence de la communauté internationale, autant qu’il traduit l’espoir des humbles, dans ce monde troublé.

Geoffroi Contact


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