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Silence en Tchétchénie
16 et dimanche 17 septembre 2000


Akhmad Kadyrov, le chef de l’administration pro-russe en Tchétchénie, évoquait hier le risque d’une révolte de la population du fait des exactions innombrables commises par les troupes russes. Ses propos ont été confirmés par l’ancien ministre de la justice Pavel Krashenninikov qui dirige une commission d’enquête - au pouvoir, certes, extrêmement limité - ayant enregistré des témoignages de violations des droits de l’homme par centaines : l’ampleur des pillages, détentions arbitraires, viols, tortures, exécutions et disparitions engendre un tel désir de vengeance que chaque civil martyrisé devient alors, selon les termes de la député russe Ella Pafilova, « un combattant potentiel ».

Au mois d’avril, pourtant, les Nations Unies avaient adopté une résolution imposant à la Russie de mettre en place une commission d’enquête nationale chargée de poursuivre les auteurs de crimes de guerre et, notamment, de faire la lumière sur les massacres de civils perpétrés à Alkhan-Yurt, Staropromyslovski et Aldi. Comme l’on pouvait s’y attendre, la commission dirigée par Vladimir Kalamanov, représentant spécial du président Poutine, n’a rien fait qui puisse inquiéter les responsables de ces crimes, encourageant ainsi les forces russes à multiplier leurs exactions dans la plus totale impunité.

Aujourd’hui, alors que les médias restent silencieux quant à la guerre en Tchétchénie, il convient de dresser un nouveau bilan. Si les combattants tchétchènes, essentiellement des « fondamentalistes musulmans » dont un bon nombre sont des mercenaires étrangers, ont souvent violé les droits de leur population, l’écrasante majorité des crimes est à imputer au compte des troupes russes, déjà responsables d’atrocités durant la première guerre de 1994-96. Des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants ont été déplacées, des milliers ont été tués ou blessés lors de bombardements aveugles ou torturés dans les camps de filtration, sans parler des villages incendiés et de la capitale, Grozny, véritablement mise à sac...

Malgré les injonctions des Nations Unies et du Conseil de l’Europe, le gouvernement russe persiste donc dans son refus de se conformer aux standards internationaux en matière de droits humains et s’oppose à la venue en Tchétchénie des rapporteurs spéciaux de l’ONU et des organisations non-gouvernementales, espérant recouvrir la question tchétchène d’une chape d’obscurité et de silence. Il revient donc à la communauté internationale, en la personne de l’ONU, de dévoiler au grand jour l’inhumanité de l’état russe et de lui imposer rapidement une commission d’enquête, internationale cette fois. Il revient également à la société civile, en la personne de chacun d’entre nous, de rappeler à ses médias - presse écrite, radiodiffusée et télévisée - leur devoir d’informer le public sur le sort d’un peuple persécuté, en ne se bornant pas à rendre compte de l’actualité lorsqu’elle est spectaculaire mais en apprenant aussi à faire du silence, un événement.

Geoffroi


Lectures conseillées :

>> Fédération de Russie : Un pays sans véritable justice - Amnesty International : Dans toute la Fédération de Russie, de graves atteintes aux droits humains et au droit international humanitaire sont commises par des responsables de l'application des lois et des membres des forces de sécurité. Hommes, femmes et enfants placés en détention sont presque systématiquement torturés ou victimes de mauvais traitements. Dans les centres de détention provisoire, surpeuplés et insalubres, les conditions de vie sont assimilables à un traitement cruel, inhumain ou dégradant. Selon de nombreuses informations dignes de foi, la Tchétchénie est le théâtre d'agressions contre les civils, de viols, de "disparitions" et d'exécutions extrajudiciaires imputables aux forces russes. Amnesty International dénonce l'impunité qui règne dans la Fédération de Russie et qui ne fait que perpétuer les atteintes aux droits humains. Ce rapport attire également l'attention sur les obstacles qui empêchent les victimes - femmes, enfants et membres de minorités ethniques ou nationales en particulier - d'obtenir réparation. La publication de ce rapport coïncide avec le lancement de Justice pour tous !, campagne mondiale d'Amnesty International en faveur des droits humains dans la Fédération de Russie. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Le Chardon tchéthène : Sous le rouleau compresseur russe - Laurence Binet : Depuis bientôt dix ans, les Tchétchènes tentent de résister à l'occupation russe. Sous prétexte de lutter contre le terrorisme, l'armée russe se livre à une opération de destruction de ce peuple, tandis que la communauté internationale détourne les yeux. Maaka, 17 ans, raconte ses neufs dernières années dans la Tchétchénie en guerre : la faim, le froid, l'absence de soins, l'humiliation, sa famille décimée par les bombes et la terreur russes. L'exil comme seul échappatoire. Jeune appelé de l'armée russe, Pavel est envoyé contre son gré pour faire la guerre en Tchétchénie. Dans des lettres qu'elle ne reçoit pas, censure militaire oblige, il raconte à sa mère, Olga, comment l'armée russe les déshumanisent, lui et ses camarades, pour mener une guerre contre les civils. De son côté, Olga s'engage auprès du Comité des Mères de soldats qui luttent contre le recrutement forcé des jeunes Russes et les pratiques odieuses de l'armée. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Tchétchénie : Le déshonneur russe - Anna Politkovskaïa, André Gluksmann (Préface), Galia Ackerman (Traduction) : Depuis août 1999, Anna Politkovskaïa, grand reporter du bihebdomadaire Novaïa Gazetta, s'est rendue plus d'une quarantaine de fois en Tchétchénie pour couvrir la guerre, la seconde, qui frappe cette petite République. Pour elle, c'est l'avenir même de la Russie et ses chances d'accéder à une véritable démocratie qui sont enjeu. Décrivant le calvaire de la population tchétchène, elle montre que la poursuite du conflit le rend de plus en plus incontrôlable. La violence absolue favorise la minorité tchétchène la plus extrême, au détriment de la majorité acquise aux idées occidentales, et déshumanise les combattants des deux camps. Les militaires russes pillent, violent et tuent en toute impunité, les combattants tchétchènes sombrent dans la délation et les règlements de compte, dévorés par le désir de vengeance d'un côté, et les exigences cyniques de la survie de l'autre, basculant parfois dans la criminalité pure et simple. Et finalement, ces pratiques finissent par gangrener moralement toute la société. Pour Anna Politkovskaïa, qui n'épargne pas l'actuel président russe Vladimir Poutine, cette spirale infernale trouve son origine dans la tradition d'un pouvoir qui a besoin d'un ennemi - bouc émissaire -, pour lui faire porter le poids des malheurs - réels - des Russes, dans la difficile période du postcommunisme. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !


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