| Réunification |
16 juin 2000 |
La visite du président sud-coréen, Kim Dae-Jung, à son homologue de la Corée du Nord, Kim Jong-Il, vient de s’achever par une déclaration commune ouvrant la voie vers une possible réunification. Les principaux dirigeants de la planète ont félicité les deux Corées pour leur communauté de vue, certains comparant même l’événement à la chute du Mur de Berlin. La tension entre les deux pays durait, en effet, depuis la guerre de Corée - il y a plus de 50 ans - qui provoqua l’éclatement de plus d’un million de foyers.
L’événement est donc d’importance, même si ce n’est pas la première fois qu’un rapprochement est annoncé entre les deux nations, puisqu’il s’agit de réunir un régime stalinien sur le déclin et l’un des plus puissants « tigres » de l’Asie quant au développement. A l’origine de cette ouverture se trouve, pour le Nord, la nécessité d’obtenir une aide extérieure afin de sortir du désastre économique dans lequel il est plongé : deux millions de personnes seraient mortes à cause de la famine, le système s’avérant incapable de nourrir sa population... Au Sud, on se soucie beaucoup de la puissance militaire du voisin - et, notamment, de son programme nucléaire -qui constitue une menace permanente pour la paix : l’année dernière, les frères ennemis étaient même entrés en conflit en Mer Jaune.
Si l’entente conclue ces derniers jours, constitue un immense espoir pour une grande partie des populations des deux Corées, elle soulève également de nombreuses interrogations. Les nouvelles générations du Sud, peu concernées par le regroupement des familles, voient avec appréhension une réunification dont le coût financier serait intégralement à la charge de leur pays. Par ailleurs, les différences relatives au mode de vie n’iront pas sans poser d’importants problèmes d’adaptation. Mais aujourd’hui, l’essentiel est de permettre aux hommes et aux femmes de Corée du Nord de connaître des conditions de vie décentes et de recouvrer leurs droits fondamentaux. Par la suite, il leur reviendra d’organiser eux-mêmes les modalités d’une nouvelle société. Ce scénario idéal est loin d’être gagné car l’on voit mal les caciques du régime communiste abandonner facilement leur pouvoir : s’ils opèrent une ouverture calculée, c’est précisément pour assurer leur maintien à la tête du pays. Il revient donc à la communauté internationale de juger des bonnes intentions de la Corée du Nord sur son action en faveur des droits humains et, entre autres, sur son adhésion au Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques.
En d’autres termes, la réunification probable des deux Corées, dans les années à venir, doit permettre aux individus de gagner en liberté et en fraternité, et non pas se résumer à la victoire d’une idéologie sur une autre. Il en va, en effet, des nations comme des couples : si l’un des conjoints cherche à dominer l’autre, l’échec est au bout du chemin. La réussite de l’union, elle, se fonde sur un mutuel désir de changement auquel l’esprit de sacrifice assure la pérennité.
Geoffroi |