| De la féodalité |
Lundi 15 octobre 2001 |
Alors que les Etats-Unis entament une nouvelle semaine de bombardements sur l'Afghanistan et que le secrétaire d'état Colin Powell cherche à renforcer les liens avec le Pakistan voisin, l'opinion publique occidentale s'interroge sur les intentions réelles du gouvernement américain et de son allié britannique. Pour le moment, le flou le plus total règne concernant les objectifs à long terme de la campagne militaire et les conséquences politiques de celle-ci sur l'avenir du peuple afghan. Tony Blair lui-même semble ignorer si des frappes auront lieu sur d'autres pays soupçonnés d'héberger des réseaux terroristes et l'on se demande si George Bush voit plus loin que la simple extermination des Talibans. Pendant ce temps, la sécurité du monde est remise en cause : les cas de maladie du charbon se multiplient aux Etats-Unis, tandis que des manifestations violentes causent la mort de centaines de personnes et que le spectre de la famine recouvre de son ombre six ou sept millions d'Afghans...
Il est évidemment plus facile de déclencher un conflit, quitte à provoquer une conflagration de dimension internationale, que de rechercher le dialogue et de promouvoir la justice. Plus délicat est de savoir y mettre un terme. Beaucoup plus difficile encore est de faire en sorte qu'il débouche sur une solution positive pour les populations concernées. A l'heure actuelle, nous nous trouvons malheureusement dans une logique conflictuelle qui ne semble pas devoir s'arrêter de si tôt. Le sort des hommes et des femmes ne constituent donc pas une priorité pour les belligérants. Pour preuve, par exemple, l'utilisation par l'armée américaine de mines antipersonnel dans un pays qui en est déjà infesté, ceci en violation d'un traité signé par plus de 140 nations. Un autre élément nous indique, par ailleurs, que le peuple afghan n'a aucune raison d'espérer un mieux-être des événements actuels : les Etats-Unis, soucieux d'éviter au maximum les pertes parmi leurs soldats, s'appuient sur les combattants de l'Alliance du Nord pour déstabiliser les Talibans. Ces opposants au régime honni de Kaboul - appartenant à une minorité ethnique - pourraient bien se retrouver prochainement à la tête de l'état, procédant alors à une épuration en règle de leurs "ennemis". Ces petits seigneurs de la guerre ne se sont jusqu'à maintenant pas gênés pour se livrer à des exactions, du pillage au viol en passant par les exécutions sommaires... Et l'Occident leur accorderait de gouverner 23 millions d'Afghans épuisés par deux décennies de conflit ?
Non, un tel comportement est décidément trop cynique ! Au nom de quelle vision de la liberté peut-on ainsi mettre en péril l'existence de millions de miséreux, les livrant sans la moindre hésitation aux affres de la faim et de la peur ? Jamais les politiciens ne se sont autant préoccupés de la condition des femmes d'Afghanistan sous leur burqa : hypocrisie ! Et Bush qui demandait tout récemment aux enfants américains d'envoyer un dollar dans une enveloppe à la Maison Blanche pour les petits Afghans : propagande ! Mais quel plaisir, en revanche, pour un homme d'état de se sentir ainsi porté par toute une population... Quelle joie de pouvoir faire taire les critiques et de rallier les esprits derrière une seule pensée, celle du gouvernant... Quelle opportunité merveilleuse de se forger ainsi une stature d'homme fort, sur la sueur et le sang de foules misérables et silencieuses... C'est là tout l'intérêt de débuter une guerre. George Bush, élu dans les conditions que l'on connaît, ne pouvait s'empêcher de saisir l'occasion. Mais nous qui n'en retirerons rien de bon, pourquoi devrions-nous avaler stupidement l'idée qu'il n'y aurait qu'une seule voie pour défendre nos libertés ? Pourquoi nous laisser ainsi vassaliser par les hommes politiques, par crainte de nous retrouver dans une section minoritaire de la population ? C'est, au contraire, le moment où jamais de nous exprimer, de proposer d'autres solutions, de bâtir une nouvelle éthique dont l'individu, quel que soit son niveau de vie, sa race, son sexe ou sa culture etc., serait le centre.
Tout être humain, un tant soit peu soucieux d'équité et de morale,
est conscient que la guerre est une absurdité, quelles qu'en soient
les raisons, et que le droit et la liberté doivent s'exprimer
par des moyens pacifiques pour conserver leur crédibilité. Toujours
est-il que la guerre est là et qu'il nous faut à présent songer
à en sortir. Nous y parviendrons dès lors que nous remettrons
en cause ce système féodal qui nous opprime. Cela commence par
la prise de conscience de son véritable objectif : non pas la
défense hypothétique des valeurs de notre civilisation, mais,
par-dessus tout, notre servage.
Geoffroi
Lectures conseillées :
>> Sur les traces de Ben Laden : le jeu trouble des Américains - Mohamed Sifaoui : Plus de deux années après les attentats du 11 septembre 2001, Oussama Ben Laden est tantôt donné pour mort, tantôt pour blessé. Le chef d'Al-Qaida revient cycliquement sur la scène médiatique pour montrer que lui, son état-major et son organisation n'ont pas été sérieusement affectés par la lutte mondiale contre le terrorisme. Comment expliquer les échecs de la lutte antiterroriste lancée par les Américains, qui ne sont pas seulement dûs à la méconnaissance du phénomène islamiste? Cette enquête menée sur le terrain au Pakistan et en Afghanistan fait ressortir une série d'indices et de témoignages qui montrent que les stratèges de la Maison Blanche ont sciemment « retardé » la neutralisation d'Oussama Ben Laden. Celui-ci se cache depuis plusieurs mois au Waziristân, une zone tribale encerclée discrètement pour limiter les déplacements du chef d'Al-Qaida. Pourquoi? D'abord, la manipulation du danger islamiste est une sorte de culture chez l'administration américaine. Ensuite, parce qu'il fallait absolument renverser le régime irakien avant de neutraliser le chef d'Al-Qaida. Enfin, la décision de « reporter » l'arrestation de Ben Laden est due à des calculs électoralistes. En effet, le 2 novembre 2004 se dérouleront les présidentielles américaines : quoi de mieux que l'arrestation de Ben Laden, quelques semaines auparavant, pour assurer la réélection de Bush ?
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>> Le Bouclier américain - Noam Chomsky : Dans Le Bouclier américain, Noam Chomsky analyse le rôle des États-Unis dans l'un des domaines les plus cruciaux et les plus négligés de notre temps : les Droits de l'homme. Il considère le cinquième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme comme une porte ouverte sur « un monde meilleur », tout en critiquant la politique américaine pour le fossé qu'elle affiche entre sa théorie et sa pratique. Il met au jour les contradictions du pouvoir américain ainsi que les réels progrès accomplis par les peuples en lutte. sChomsky démontre, citations à l'appui, comment les gouvernements des États-Unis n'ont de cesse de violer la Déclaration universelle des droits de l'homme tout en l'utilisant comme arme contre leurs ennemis.
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>> De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis. 2ème édition - Noam Chomsky : Nous sommes entrés dans l'ère où les “États éclairés” seront toujours prêts à remplir leur mission de justice et de liberté auprès de tous les peuples souffrants et à défendre les droits de l'homme - par la force si nécessaire - pour obéir aux principes du “nouvel humanisme”. Un État doit-il à ses vertus d'être “éclairé” ? Non, car aucun ne réussirait à l'examen. Les États-Unis sont un État éclairé par définition. Tous ceux qui s'engagent dans la croisade capitaliste appartiennent au club et tous les autres sont des “Etats scélérats”. Comment se protéger des “États éclairés” qui se sentent désormais parfaitement libres de se déchaîner dès qu'ils l'estiment bon puisqu'il n'existe plus contre eux aucun système dissuasif ? Analysant la guerre comme chemin pris par le capitalisme pour s'imposer au monde, ce recueil dévoile quelques-unes des stratégies déployées pour rendre légitime un système qui aggrave les inégalités devant le droit et l'économie.
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>> Guerre et mondialisation : A qui profite le 11 septembre ? - Michel Chossudovsky : Une guerre trop vite déclarée contre des ennemis trop vite identifiés ? Quelques heures après les attentats du 11 septembre, l'administration Bush déclare ouvertes les hostilités contre le terrorisme, Ben Laden, l'Afghanistan, l'islam politique... À croire que cette date a servi de prétexte inespéré aux ambitions et aux nécessités de la politique américaine. Remontant aux origines de la présence des services secrets américains en Asie centrale depuis la Seconde Guerre mondiale, Michel Chossudovsky dénonce le chantage de l'administration républicaine aux talibans, à la veille du 11 septembre. Devant les résistances afghanes aux offres de la société pétrolière Unocal, l'ultimatum américain est le suivant : « Soit vous recevez un tapis d'or, soit vous recevez un tapis de bombes ! »
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