Au mois de septembre prochain se déroulera à Durban, en Afrique du Sud, la Conférence Mondiale contre le racisme : un sommet dont l'objectif est d'éradiquer ce fléau répandu dans le monde entier sous une infinité de formes et dont les symptômes sont "le fanatisme, la haine et les préjugés", selon les propres termes du secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan. Le sujet est si brûlant que les représentants des états participant à ce projet ne parviennent toujours pas à mettre au point une déclaration commune et qu'une commission de dernière minute est réunie depuis dix jours pour tenter de sauver ce qui peut l'être. A l'évidence, certains gouvernements ne veulent pas comprendre que seules la générosité et l'ouverture permettront un jour que disparaissent la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance qui y est associée, monstruosités dont l'humanité peut constater, chaque jour, les terribles effets, à travers les opérations de purification ethnique qui la défigurent...
Au nombre des nations qui se font remarquer par leur mauvaise volonté se trouve la Chine qui tient à ce que soit mentionnée dans le texte final la notion de "respect de la souveraineté des états", concept qu'un esprit avisé ne manquera pas d'interpréter comme la "soumission forcée des individus aux régimes tyranniques". L'attitude d'Israël constitue également un sujet de divergences, du fait de sa politique incessante de colonisation des "territoires occupés", comportement qui, tôt ou tard, nécessitera réparation. Et c'est précisément sur cette question de la compensation pour des crimes passés que les divisions se manifestent. En effet, plusieurs pays d'Afrique ont demandé que l'esclavage et la colonisation soient considérés comme un crime contre l'humanité ayant porté un grave préjudice au développement de leur continent : ils réclament des excuses symboliques aux anciennes puissances colonisatrices et l'instauration d'un programme de dédommagements. Une démarche à laquelle les pays occidentaux concernés s'opposent avec vigueur...
Pourtant, la demande des nations africaines est parfaitement justifiée : l'honnêteté impose de reconnaître comme profondément immoral le fait que ces pays soient, encore aujourd'hui, les débiteurs de l'occident, alors que ce dernier est, historiquement, le premier responsable de leurs difficultés économiques. L'annulation de la dette, une aide massive au développement ainsi que des excuses sans ambiguïté, voilà une requête qui n'a rien d'abusif et que les pays riches devraient s'empresser de satisfaire, s'ils veulent conserver quelque crédibilité. Prétendre, en effet, éliminer le racisme, tout en refusant à la fois d'en discerner les origines et d'en assumer les conséquences, dès lors qu'on en a tiré profit des siècles durant, voilà qui est bien léger, pour ne pas dire grotesque. En fait, les origines du racisme sont à rechercher au-delà de la haine de l'autre et des préjugés : elles se situent clairement dans une résistance au questionnement, un blocage face à toute responsabilité, bref, une authentique fuite de soi. Pour les états comme pour les êtres, refuser de se remettre en cause, c'est, tôt ou tard, en venir à opprimer son semblable. Et c'est répondre à la souffrance des faibles par l'arrogance des certitudes.
Geoffroi |