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Embryons de vérité...
15 janvier 2001


Deux avions jordaniens transportant les membres de plusieurs organisations humanitaires et religieuses américaines sont arrivés samedi à Bagdad, sans avoir préalablement demandé l’autorisation à leur gouvernement. Ainsi que l’a déclaré l’un des organisateurs de l’opération, il s’agissait de montrer que « des milliers d’américains se soucient des effets dévastateurs de l’embargo sur la population irakienne. » Cela fait, en effet, plus de dix ans que l’Irak vit sous le joug des sanctions imposées par les Nations Unies lesquelles, au lieu d’avoir affaibli le dictateur Saddam Hussein, n’ont fait que le renforcer aux yeux de sa population et consolider son prestige dans le monde arabe. A quelques jours de l’entrée en fonction du nouveau président américain, la communauté internationale, qui voudrait bien en finir avec cet embargo aussi inutile que criminel, s’inquiète sur la façon dont la nouvelle administration Bush entend gérer ce « dossier ».

Il n’y a plus guère que les Etats-Unis pour justifier les sanctions terribles infligées à l’Irak afin de contraindre ses dirigeants à démanteler leur arsenal d’armes chimiques et de missiles à longue portée : même le Royaume-Uni, leur indéfectible allié dans ce genre d’affaires, commence à prendre ses distances à mesure que l’opinion publique découvre le calvaire enduré par la population et que les politiciens se rendent compte qu’ils contribuent à écrire la légende d’un tyran. Aujourd’hui, l’Irak est un pays ruiné sur tous les plans et ses habitants sont plongés dans un état de pauvreté extrême : les statistiques effectuées par les organismes internationaux comme l’OMS , l’UNICEF et les agences de l’ONU dépeignent une économie anéantie, un système éducatif démantelé, des conditions sanitaires tragiques etc. Quelques chiffres en disent long sur les souffrances des irakiens : le salaire moyen d’un ouvrier a été divisé par vingt depuis la guerre ; 50 % de la population de Bagdad connaît le chômage ; plus de 5000 enfants décèdent chaque mois à cause des effets de la malnutrition (inexistante en Irak avant 1990)... De son côté, Saddam Hussein est plus vaillant que jamais : la société civile étant totalement délabrée, il n’a aucun opposant en face de lui. Il consacre donc son temps à soigner son image auprès des nations arabes, en apportant, notamment, un soutien sans faille aux palestiniens qu’il exhorte à se battre contre Israël, offrant même 10 000 dollars à chaque famille ayant perdu l’un de ses membres lors des affrontements...

Face à cet échec politique de l’occident et à l’épouvantable désastre humanitaire qu’il a engendré, George Bush gagnerait beaucoup à adopter une attitude plus humaine que celle de son prédécesseur. Malheureusement, cela ne semble pas devoir être le cas, si l’on en croit les propos de son secrétaire d’état, Colin Powell, qui envisageait au contraire de « réactiver les sanctions ». La pression internationale suffira-t-elle à faire cesser cet intolérable martyre de millions d’hommes, de femmes et d’enfants, déjà suffisamment accablés par la tyrannie de leur propre gouvernement ? Espérons-le ! La prise de conscience qui aura alors lieu permettra-t-elle de mettre devant leurs responsabilités les dirigeants ayant perpétré cette infamie ? C’est peu probable. Et qu’en sera-t-il des investigations sur l’utilisation de bombes et de missiles à l’uranium appauvri, soupçonné par de plus en plus d’experts d’être à l’origine de la croissance délirante du taux de leucémie chez les enfants irakiens ? Sans doute n’en saurons-nous jamais le fin mot. Le plus ironique est que le peuple irakien risque de devoir sa délivrance aux industriels américains du pétrole : ces derniers, très proches des républicains, ne manqueront pas de faire pression sur leur président pour qu’il mette fin à cet embargo, leur permettant ainsi de retourner faire des affaires avec ce pays qui possède les secondes réserves de pétrole du monde.

Voilà bien l’un des plus surprenants avatars du dieu Ploutos (l’argent) et des multinationales qui le servent : elles s’affubleront en un clin d’œil des habits de la bonté et de la compassion, si jamais cela peut augmenter leur crédit, et les abandonneront aussi vite pour de plus somptueux atours ! C’est bien pour cela que nous tirons si peu de leçons de nos erreurs collectives : l’attrait compulsif pour le profit nous maintenant à la surface des choses et des êtres, nous ne donnons naissance qu’à des embryons de vérité et avortons sans cesse de la sagesse.

Geoffroi Contact


Lectures conseillées :

>> Irak, la faute - Alain Michel, Fabien Voyer, Alain Gresh (Préface) : Déjà 1 400 000 victimes. L'UNICEF compte un demi-million d'enfants de moins de cinq ans morts depuis 1991 des conséquences de l'embargo. Comment veut-on construire la paix au Moyen-Orient en étouffant un peuple ? Pourquoi ignore-t-on la souffrance des enfants irakiens ? Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Irak, ce que Bush ne dit pas - Jean-Marie Benjamin : Ce que Bush ne dit pas est le fruit d'une aventure vécue sur le terrain, un journal de cinq années de voyages, de reportages et d'enquêtes au cœur de l'Irak d'Abraham et de Saddam Hussein. Jean-Marie Benjamin raconte l'agonie d'un peuple frappé par douze années d'embargo, démontre les effets dévastateurs de la contamination radioactive des armes à l'uranium appauvri utilisées pendant la guerre du Golfe et révèle l'existence de documents du Pentagone et du département d'Etat américain cachés à l'opinion publique. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> L'Irak assiégé : Les Conséquences mortelles de la guerre et des sanctions - Collectif , Anthony Arnove (Sous la direction de), Paul Delifer (Traduction) : « Peut-on, pour abattre un dictateur, mener une politique criminelle ? » - Alain Gresh, Le Monde diplomatique. Voici un corpus de documents brillamment rassemblés, comportant des preuves accablantes et irréfutables des horreurs que les sanctions et la guerre apportent à la population, en particulier aux enfants, en Irak. Pour l'homme de la rue, les sanctions ne sont qu'une autre forme de dictature. Télécommandées et prétendument civilisées, elles vont en fait jusqu'à étouffer même les bébés. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !


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