| Asile de foule... |
15 décembre 2000 |
Après cinquante années d’existence, le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies, institué initialement pour une durée de trois ans, doit faire face à un nombre croissant de demandeurs d’asile. Ils sont aujourd’hui environ 15 millions d’êtres humains à avoir fui leur pays pour cause de conflit ou de persécution quelconque. De même, ils sont plus de 30 millions à avoir quitté leur foyer et à errer dans leur propre patrie du fait de la pauvreté, de la famine ou d’une guerre civile... Face à la tragédie de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants qui, de l’Ingouchie à la Thaïlande, en passant par la Guinée et l’Afghanistan, vivent dans l’angoisse permanente, la réponse des pays développés consiste de plus en plus à détourner le regard. Depuis une dizaine d’années, la politique relative au droit d’asile adoptée par l’Europe et les Etats-Unis consiste ni plus ni moins en un repli sur soi de type xénophobe.
Afin d’échapper à leur devoir en matière d’asile énoncé par la Convention de 1951 sur les réfugiés ou l’article 14 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme - qui prévoit que tout individu persécuté doit pouvoir trouver asile dans une autre nation - les pays occidentaux ont mis au point quelques mesures subtiles, telle l’obligation de posséder un visa pour les ressortissants de pays connus pour générer des réfugiés. Bien évidemment, une personne craignant pour sa sécurité ou devant fuir sur-le-champ aura bien du mal à s’en procurer un... Dès lors, ceux qui arrivent ainsi à destination sans possession de ce précieux document sont considérés comme des immigrés clandestins et traités comme tels. Une autre façon de se soustraire au devoir du droit d’asile consiste tout simplement à décréter telle ou telle nation comme satisfaisant aux exigences de protection de ses citoyens et à refouler ainsi tous ceux qui voudraient en partir. Enfin, un pays occidental a toujours la possibilité de détourner le réfugié vers un pays tiers « garanti » comme respectueux des droits humains. Bref, la tendance générale des états développés se caractérise par une volonté de maîtriser brutalement ce qu’ils considèrent comme des flux migratoires dangereux, sans se préoccuper le moins du monde des raisons qui poussent tant de malheureux à abandonner leur terre natale.
Que l’on ne s’étonne donc pas de l’expansion de la xénophobie dans nos contrées : elle est sans cesse exacerbée par les discours et les stratégies des politiciens dont l’objectif est de se forger une image de fermeté en faisant preuve d’insensibilité à l’égard de pauvres gens, afin de rassurer leurs électeurs... Comme il est facile, en effet, de faire porter sur les réfugiés, en situation « régulière » ou non, le fardeau des maux habituels de nos sociétés égoïstes, à savoir le chômage, l’insécurité et la criminalité ! Comme il est aisé de faire croire à nos concitoyens que l’on peut vivre ainsi, confortablement, en profitant de la faiblesse des pays défavorisés et en augmentant leur misère par des politiques économiques inhumaines, sans en payer jamais les conséquences ! Il n’y a rien qui fasse plus peur à nos dirigeants que la générosité de leur population lorsqu’elle découvre le malheur de ses semblables, comme ce fut le cas lors du conflit au Kosovo. « Que chacun reste chez soi » est un souci constant des hommes de pouvoir qui redoutent plus que tout le changement de la mentalité collective qui résulterait de l’échange et du partage avec un « autrui » moins privilégié. C’en serait alors fini d’une grande partie de leur puissance qu’ils tiennent de la croissance économique aux dépens des droits fondamentaux de la personne humaine.
Cessons donc de nous bercer d’illusions : la progression d’une communauté ne s’effectue pas par l’expansion de son économie, pas plus qu’un individu ne s’épanouit par le gonflement de son portefeuille. La croissance véritable se fonde sur le contact avec l’autre et la mise en commun des difficultés. A n’ouvrir notre porte que lorsqu’il s’agit de prendre et à la fermer quand il serait urgent de donner, l’air de notre retraite devient irrespirable : la tête nous tourne et notre esprit en est aliéné. Dans quelle sorte d'asile trouverons-nous donc refuge ?
Geoffroi |