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Barrières
15 août 2000


Aujourd’hui, dans les capitales coréennes du nord et du sud, ont lieu les premières retrouvailles entre les membres de même famille séparés par un demi-siècle de guerre froide. Un groupe de cent personnes choisies par ordinateur parmi des dizaines de milliers de sud-coréens est attendu à Pyongyang tandis qu’un groupe identique de nord-coréens fidèle au parti et de personnalités des domaines artistique et scientifique sera accueilli officiellement à Séoul. Les deux camps ont reçu des consignes strictes qui leur enjoignent, notamment, d’éviter d’aborder des sujets politiques. Si tout se passe bien, de telles réunions devraient se répéter dans l’avenir.

Lorsque la Croix-Rouge sud-coréenne a lancé son opération de recensement des personnes cherchant à retrouver leurs proches restés en Corée du Nord, 700 000 candidats se sont alors inscrits. Bien évidemment, il n’est pas question pour eux d’attendre que leur gouvernement organise de nouvelles rencontres permettant chaque année à quelques centaines de privilégiés de retrouver ceux qu’ils aiment : ils espèrent pouvoir au plus vite se rendre librement chez leur voisin, encouragés par les relations nouvelles qui s’établissent depuis quelques mois entre les deux pays. Toutefois, le reste de la population de la Corée du Sud - même si elle souhaite la réconciliation - n’est pas forcément favorable à une réunification semblable à celle que connut l’Allemagne. Elle sait d’ores et déjà que le coût en sera exorbitant, non seulement sur le plan économique mais aussi sur le plan social : relever une industrie non compétitive, intégrer des travailleurs beaucoup moins qualifiés, gérer des flots de réfugiés ne seront que quelques-uns des problèmes auxquels les politiciens seront confrontés...

Tout cela explique, bien sûr, que les populations affamées du nord souhaitent une réunification rapide tandis que les habitants du sud préfèrent une intégration beaucoup plus graduelle. Une fois encore, un tel processus ne peut se fonder exclusivement sur des considérations politiques et économiques : pour qu’une réunification ait lieu dans des conditions bénéfiques pour tous, il est nécessaire qu’une vaste prise de conscience se fasse où les considérations humanitaires reçoivent la priorité. Dans ce monde où « l’autre » est la source de bien des interrogations et de craintes de toutes sortes, le cas des deux Corée est particulièrement instructif : il nous montre que « l’autre » en question a pu, dans le passé, être très proche de nous, partageant des valeurs identiques, une même culture... Il a pu aussi bien être un membre de notre famille ! Conscients de ces réalités, nous ne pouvons manquer de ressentir, malgré les différences, une attirance naturelle pour cet « autre ». Et nous réalisons alors combien les barrières qui séparent les êtres sont artificielles et inhumaines.

Geoffroi Contact


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