| Guerre et sécheresse |
15 mai 2000 |
Depuis trois jours, les hostilités ont repris entre l’Ethiopie et l’Erythrée malgré l’ultimatum lancé par les Nations Unies. Et déjà, chaque camp enregistre la perte de milliers de vies humaines due aux combats sanglants qui se déroulent dans les tranchées. Le problème frontalier qui oppose les deux pays ne saurait à lui seul susciter l’énergie qu’ils emploient à se massacrer mutuellement. L’origine de tant de haine est à chercher dans les décennies de lutte entre le pouvoir éthiopien et la province érythréenne qui précédèrent l’indépendance de cette dernière en 1993. Du même coup, l’Ethiopie se retrouva privée de son accès à la mer.
Ce n’est pas un hasard si, aujourd’hui, l’Ethiopie a rallumé le conflit à la veille des premières élections libres : même si l’opposition est particulièrement divisée et affaiblie, c’est un moyen pour le gouvernement d’asseoir un peu plus son autorité et de faire oublier aux électeurs la famine qui sévit dans plusieurs régions. Les organisations humanitaires ont d’ailleurs exprimé leur inquiétude quant aux conséquences de cette guerre sur la situation humanitaire dans la Corne de l’Afrique...
La communauté internationale avait déjà fait connaître au gouvernement éthiopien son indignation face aux dépenses considérables effectuées par celui-ci dans le domaine militaire : elles s’élèveraient en effet à près d’un million de dollars par jour alors que l’état est incapable de subvenir seul aux besoins alimentaires de sa population. Le gouvernement avait bien répondu « qu’il n’avait souhaité ni la guerre ni la sécheresse ». Mais, à présent, nous sommes en droit d’en douter : relancer ainsi un conflit - dans lequel l’Erythrée porte une aussi grave responsabilité - c’est provoquer consciemment l’appauvrissement du pays et augmenter ainsi les effets dévastateurs de la sécheresse.
Il est urgent que les hommes apprennent enfin à distinguer les « signes » que la nature leur adresse : les souffrances terribles causées par la famine doivent absolument déclencher un élan de solidarité internationale ainsi qu’une prise de conscience de la part des gouvernants quant à leurs responsabilités. Il est parfaitement inacceptable que des nations dont les peuples meurent de faim gaspillent leurs ressources à faire la guerre et, de même, il est intolérable que des pays développés leur procurent les armes qui les conduisent à leur autodestruction. La sécheresse ne pourrait envahir le sol si elle n’avait auparavant frappé les cœurs.
Geoffroi |