| Camps de filtration |
15 février 2000 |
Faut-il encore parler de la Tchétchénie ? Oui, faut-il continuer de dénoncer les massacres perpétrés par les forces russes contre une population innocente ? Nous pouvons, en effet, nous le demander tant l’indifférence de l’Occident est totale : un désintérêt tel que tout individu qui évoquerait actuellement le sort du peuple tchétchène se demanderait un instant s’il n’a pas été subitement frappé de débilité. Car il ne se passe rien en Tchétchénie ! Les médias nous présentent toujours l’intervention militaire des russes comme une simple opération anti-terroriste contre des fanatiques musulmans. Grozny, la capitale, rasée ? Que nenni ! Si ce ne sont pas les combattants tchétchènes eux-mêmes qui ont dynamité la ville, ce doit être une secousse sismique ! Quant aux camps de filtration où passent les civils, jeunes ou vieux, ce sont assurément des centres d’accueil pour réfugiés où ces derniers bénéficient de la célèbre hospitalité slave...
Parlons-en des camps de filtration ! Le journal Le Monde vient de publier un témoignage qui dévoile encore un peu plus leur vraie nature : de véritables centres de tortures ayant pour but de traumatiser et d’handicaper à vie les malheureux qui s’y trouvent, quand ils ne sont pas tout bonnement exécutés par leurs tortionnaires, ivres et drogués. Il n’est pas utile d’entrer dans les détails sordides pour que se confirme à présent le soupçon qui pesait dès le départ sur l’offensive des troupes russes en Tchétchénie : il s’agit bel et bien d’un génocide pratiqué contre une nation opprimée de longue date. Oui, un génocide auquel l’Occident collabore chaque jour un peu plus en finançant, par le biais du FMI, un gouvernement mafieux.
Face à cette épouvante, la communauté internationale s’est construit son propre camp de filtration pour ne rien savoir de ce qui se passe en Tchétchénie. Les horreurs en provenance du Caucase y sont tellement filtrées que nos hommes politiques ne tiennent plus que des propos lénifiants et s’interdisent aujourd’hui de prononcer les mots fameux : « devoir d’ingérence », formule dont ils s’enivraient, il n’y a pas si longtemps, au sujet du Kosovo. Quant à nous, allons-nous dresser autour de notre conscience des barrages filtrants pour ne plus entendre parler de nos frères et sœurs tchétchènes dont on est en train de briser l’âme ? Certainement pas ! Ne nous lassons pas d’exprimer notre indignation à nos députés, sénateurs et politiciens de tous bords : nous ne pouvons laisser ainsi ceux qui ont la charge de nous représenter au sein de l’état être les complices silencieux d’un crime aussi abominable.
Geoffroi
Lectures conseillées :
>> Chienne de guerre - Anne Nivat : Entre la Mer Caspienne et la Mer Noire, au sud-ouest de la Russie, se déroule depuis de longs mois une "chienne de guerre". Anne Nivat a tenu à se rendre sur place afin que cette guerre ne soit pas trop vite oubliée, ni cachée aux yeux du monde. Elle visite les villages, arpente les montagnes, multiplie les rencontres. Partout c'est l'incompréhension. Beaucoup de civils fuient vers la province d'Ingouchie. Ils laissent derrière eux des maisons ruinées, calcinées, et ne comprennent toujours pas les causes de l'acharnement des Russes. Comme le dit Oumar, soldat de la cause tchétchène : "Ici tout le monde nous traite comme des chiens... Je ne suis pas un bandit ! Je suis quelqu'un de parole. Je défends ma patrie". Témoignage fort sur les ravages de la guerre : Anne Nivat a vécu le quotidien d'un pays qui entre en résistance. Comme tout le monde, réfugiée dans les caves, elle a prié sous les bombes. C'est l'importance de cette intégration au coeur du peuple tchétchène qui fait de son livre un vrai grand reportage de journaliste.
Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !
>> Tchétchénie : Le déshonneur russe - Anna Politkovskaïa, André Gluksmann (Préface), Galia Ackerman (Traduction) : Depuis août 1999, Anna Politkovskaïa, grand reporter du bihebdomadaire Novaïa Gazetta, s'est rendue plus d'une quarantaine de fois en Tchétchénie pour couvrir la guerre, la seconde, qui frappe cette petite République. Pour elle, c'est l'avenir même de la Russie et ses chances d'accéder à une véritable démocratie qui sont enjeu. Décrivant le calvaire de la population tchétchène, elle montre que la poursuite du conflit le rend de plus en plus incontrôlable. La violence absolue favorise la minorité tchétchène la plus extrême, au détriment de la majorité acquise aux idées occidentales, et déshumanise les combattants des deux camps. Les militaires russes pillent, violent et tuent en toute impunité, les combattants tchétchènes sombrent dans la délation et les règlements de compte, dévorés par le désir de vengeance d'un côté, et les exigences cyniques de la survie de l'autre, basculant parfois dans la criminalité pure et simple. Et finalement, ces pratiques finissent par gangrener moralement toute la société. Pour Anna Politkovskaïa, qui n'épargne pas l'actuel président russe Vladimir Poutine, cette spirale infernale trouve son origine dans la tradition d'un pouvoir qui a besoin d'un ennemi - bouc émissaire -, pour lui faire porter le poids des malheurs - réels - des Russes, dans la difficile période du postcommunisme.
Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !
>> Otage en Tchétchénie - Brice Fleutiaux : Brice Fleutiaux raconte son «incroyable expérience» d’otage en Tchétchénie, pays insaisissable qu’aucun journaliste – et pour cause – n’a côtoyé aussi longtemps.
Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !
>> Le Chardon tchéthène : Sous le rouleau compresseur russe - Laurence Binet : Depuis bientôt dix ans, les Tchétchènes tentent de résister à l'occupation russe. Sous prétexte de lutter contre le terrorisme, l'armée russe se livre à une opération de destruction de ce peuple, tandis que la communauté internationale détourne les yeux. Maaka, 17 ans, raconte ses neufs dernières années dans la Tchétchénie en guerre : la faim, le froid, l'absence de soins, l'humiliation, sa famille décimée par les bombes et la terreur russes. L'exil comme seul échappatoire. Jeune appelé de l'armée russe, Pavel est envoyé contre son gré pour faire la guerre en Tchétchénie. Dans des lettres qu'elle ne reçoit pas, censure militaire oblige, il raconte à sa mère, Olga, comment l'armée russe les déshumanisent, lui et ses camarades, pour mener une guerre contre les civils. De son côté, Olga s'engage auprès du Comité des Mères de soldats qui luttent contre le recrutement forcé des jeunes Russes et les pratiques odieuses de l'armée.
Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici ! |