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Le sourire de Vladimir
14 février 2001


L’organisation humanitaire Human Rights Watch vient de rendre public un rapport concernant les investigations menées par les autorités russes relativement aux innombrables exactions commises à l’encontre de la population, en Tchétchénie : il en ressort que le gouvernement ne fait absolument rien pour y restaurer la justice et s’emploie, au contraire, à y renforcer le règne de l’impunité, infligeant un camouflet cinglant à l’Union Européenne, laquelle a toujours prétendu que seuls les russes étaient aptes à enquêter sur les atrocités perpétrées par leurs troupes et leur personnel de sécurité. Alors que Vladimir Poutine s’apprête à retirer une grande part des 100 000 soldats présents actuellement sur le sol tchétchène, pour mieux les remplacer par des agents du FSB et des miliciens chargés du bon ordonnancement de la terreur quotidienne, on se demande jusqu’où les hommes politiques occidentaux seront prêts à aller pour bénéficier du privilège douteux de voir le visage de Vladimir s’illuminer froidement d’un sourire satisfait...

En septembre dernier, des soldats russes se sont rendus à l’hôpital de Starye Atagi où ils se sont saisi d’un blessé nommé Isaev : quelques jours plus tard, son corps a été retrouvé avec d’autres dans une fosse ; il avait les doigts coupés et avait été scalpé. Sulumbek, lui, est encore en vie. Détenu au mois d’octobre dans le bureau d’un commandant, à Grozny, il a subi des électrochocs pendant cinq jours, y compris aux parties génitales. Une pratique courante selon de nombreux témoins. Kheda a, elle aussi, été emprisonnée et battue durant plusieurs jours parce qu’elle possédait une photo où on la voyait avec son mari, celui-ci portant sa tenue de service militaire et la barbe... Après l’avoir sévèrement maltraitée, ses tortionnaires l’ont jeté dans un fossé, en bordure de route. Il existe des milliers de cas analogues à ceux d’Isaev, Sulumbek et Kheda, des massacres de centaines de femmes et d’enfants répertoriés par les ONG et sur lesquels le gouvernement russe refuse d’enquêter, sans parler des bombardements de colonnes de civils, d’écoles et d’hôpitaux, des pillages et des rançonnements systématiques, des viols. Un enfer vécu au quotidien par un peuple abandonné du reste du monde.

Une autre organisation humanitaire, Physicians for Human Rights, a récemment publié un document intitulé « Brutalité Sans Fin » qui se termine sur la conclusion suivante : « les violations des droits de l’homme décrites dans ce rapport caractérisent davantage une société anarchique qu’un état moderne aspirant à participer pleinement aux institutions économiques, politiques et financières de l’Europe. » En d’autres termes, considérant que le pouvoir russe continue d’instaurer en Tchétchénie un véritable « état de crime », on voit mal ce qui le différencie si fondamentalement de la Serbie de Milosevic, au point que nos dirigeants puissent justifier de l’indifférence et de la capitulation totales qui sont les leurs. A ceux que cela indignent, il n’est pas trop tard pour demander à nos maires de prendre position sur cette question cruciale en exigeant de nos gouvernants qu’ils fassent pression sur la Russie pour qu’elle accepte une commission d’enquête internationale. A un mois environ des élections municipales, voici une action susceptible d’injecter un zeste d’humanité dans des débats bien souvent dénués de sens. A vos fax !

Geoffroi


Lectures conseillées :

>> Chienne de guerre - Anne Nivat : Entre la Mer Caspienne et la Mer Noire, au sud-ouest de la Russie, se déroule depuis de longs mois une "chienne de guerre". Anne Nivat a tenu à se rendre sur place afin que cette guerre ne soit pas trop vite oubliée, ni cachée aux yeux du monde. Elle visite les villages, arpente les montagnes, multiplie les rencontres. Partout c'est l'incompréhension. Beaucoup de civils fuient vers la province d'Ingouchie. Ils laissent derrière eux des maisons ruinées, calcinées, et ne comprennent toujours pas les causes de l'acharnement des Russes. Comme le dit Oumar, soldat de la cause tchétchène : "Ici tout le monde nous traite comme des chiens... Je ne suis pas un bandit ! Je suis quelqu'un de parole. Je défends ma patrie". Témoignage fort sur les ravages de la guerre : Anne Nivat a vécu le quotidien d'un pays qui entre en résistance. Comme tout le monde, réfugiée dans les caves, elle a prié sous les bombes. C'est l'importance de cette intégration au coeur du peuple tchétchène qui fait de son livre un vrai grand reportage de journaliste. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> La Mystérieuse Ascension de Vladimir Poutine - Pierre Lorrain : En août 1999, l'Occident découvre Vladimir Poutine. Ancien agent du KGB, l'homme est encore un parfait inconnu. Quelques mois plus tard, il devient président de la Russie. Pierre Lorrain, auteur de plusieurs livres sur la Russie, retrace le parcours rempli de zones d'ombres de Vladimir Poutine, et expose l'évolution de la vie politique russe, notamment les dernières années de la présidence de Boris Eltsine. On y découvre une ambiance fin de règne, faite d'intrigues rocambolesques et de corruption à grande échelle, où les plus criminels ne sont pas toujours ceux que l'on croit. Tout le mérite de ce livre est en effet d'ébranler quelques dogmes médiatiques, qu'ils concernent les attentats meurtiers de Moscou en 1999, la guerre en Tchétchénie ou les fameux oligarques du Kremlin. Pierre Lorrain dénonce le sensationnalisme et la part de fantasmes qui ont trop souvent tendance à irriguer l'information sur la Russie, où les rumeurs circulent plus vite que la vodka et où la fiabilité des témoignages est souvent douteuse. Ce qui ne l'empêche pas de narrer les plus savoureuses de ces anecdotes, comme cette légende qui fait de Poutine un descendant de Raspoutine... Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Fédération de Russie : Un pays sans véritable justice - Amnesty International : Dans toute la Fédération de Russie, de graves atteintes aux droits humains et au droit international humanitaire sont commises par des responsables de l'application des lois et des membres des forces de sécurité. Hommes, femmes et enfants placés en détention sont presque systématiquement torturés ou victimes de mauvais traitements. Dans les centres de détention provisoire, surpeuplés et insalubres, les conditions de vie sont assimilables à un traitement cruel, inhumain ou dégradant. Selon de nombreuses informations dignes de foi, la Tchétchénie est le théâtre d'agressions contre les civils, de viols, de "disparitions" et d'exécutions extrajudiciaires imputables aux forces russes. Amnesty International dénonce l'impunité qui règne dans la Fédération de Russie et qui ne fait que perpétuer les atteintes aux droits humains. Ce rapport attire également l'attention sur les obstacles qui empêchent les victimes - femmes, enfants et membres de minorités ethniques ou nationales en particulier - d'obtenir réparation. La publication de ce rapport coïncide avec le lancement de Justice pour tous !, campagne mondiale d'Amnesty International en faveur des droits humains dans la Fédération de Russie. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !


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