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La retraite des puissants
14 décembre 2000


L’ancien tyran du Paraguay, Alfredo Stroessner, finira-t-il ses jours en prison ? Même si cela reste peu probable, vu son âge avancé, la décision du juge paraguayen qui vient de demander son extradition au gouvernement brésilien, traduit la volonté croissante de la communauté internationale de voir les responsables de violations des droits humains répondre finalement de leurs actes. Actuellement, il est seulement reproché au général Stroessner d’être impliqué dans la disparition, en 1970, d’un opposant à son régime. Certes, une telle accusation peut paraître bien maigre en regard des innombrables atrocités commises durant les 35 ans de dictature, mais cela exprime tout de même un début de prise de conscience relativement aux droits humains, dans un pays qui ne s’en était guère soucié jusqu'à présent.

Actuellement, le Paraguay vient juste de connaître une nouvelle crise politique survenue à la suite de l’assassinat, au début de l’année dernière, du vice-président Argana et la fuite du président Cubas au Brésil. C’est aujourd’hui un gouvernement de coalition dirigé par Luis Gonzalez Macchi qui doit s’employer à sortir le pays de la ruine où l’ont plongé des décennies de corruption, de trafics de drogue au plus haut niveau de l’état et, surtout, une idéologie fasciste n’accordant pas la moindre place à l’être humain. Le régime paraguayen du général Stroessner reste, en effet, célèbre pour avoir fait bon accueil à d’anciens nazis qui, en retour, le firent bénéficier de leur expérience en matière d’oppression, notamment quand il s’est agi d’exterminer les indiens en vue d’exploiter leurs territoires. De plus, comme ce fut le cas pour bien d’autres pays d’Amérique Latine, la junte militaire du Paraguay a profité des largesses des Etats-Unis à l’époque où la lutte permanente et totale contre le communisme était considérée comme la priorité absolue.

Aujourd’hui, nul ne peut dire si Alfredo Stroessner sera jugé. Et, de même, on ne saurait avoir de certitudes quant à l’aboutissement des poursuites judiciaires à l’encontre d’Augusto Pinochet ou de Hissein Habré, tant il y a de pressions politiques lorsqu’il s’agit de porter un jugement sur les actes commis par ceux qui firent partie du cercle restreint des puissants. C’est ainsi que pour toutes sortes de raisons, autant politiques que psychologiques, les despotes sanguinaires ont toujours réussi à trouver un asile confortable où égrener paisiblement leurs dernières années : Idi Amin Dada en Arabie Saoudite, Mengistu au Zimbabwe, Duvallier en France, sans parler des Karadzic, Mladic et Milosevic etc. Si la condamnation de ces individus ne peut, évidemment, être considérée comme une fin en soi, leur comparution en justice demeure, qu’on le veuille ou non, le seul moyen d’apporter un peu de lumière sur les zones d’ombre dans l’histoire des nations. Et tant qu’il y aura des états prêts à servir de complices dans ces opérations de refoulement de l’histoire, il n’y aura ni soulagement pour les victimes, ni réconfort pour les peuples, ni évolution pour l’humanité.

Geoffroi Contact


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