| Le Jardin du Pardon |
14 avril 2000 |
La société Solidere, chargée de la reconstruction du centre ville de Beyrouth, a eu l'idée de créer un « Jardin du Pardon » au cœur même de la cité. Constitué de cèdres, d’oliviers et d'arbres fruitiers entourant un bassin, ce jardin comportera des vestiges archéologiques datant de quelques milliers d’années. Il sera situé dans un quartier où s’élèvent plusieurs lieux de cultes représentant les trois religions monothéistes, illustration concrète du caractère multiculturel de la ville.
Après plus de quinze années de guerre civile, la société libanaise a préféré oublier le passé plutôt que d’y faire face. Ce jardin du pardon symbolise donc la nécessaire réconciliation entre les protagonistes d’un conflit sanglant, laquelle ne peut se faire en éludant les drames anciens mais en s’efforçant d’en comprendre l’origine et de pardonner à ceux qui en furent responsables. C’est le message que veut transmettre cette réalisation, message fraternel qui semble bien accueilli par la communauté libanaise.
Par sa situation à la croisée des chemins qui relient l’Asie mineure et l’Afrique, la Méditerranée et le monde arabe, le Liban est bien placé pour donner au monde l’image d’une société vivante parce qu’elle génère en permanence un brassage intellectuel et spirituel qui incite les individus à s’ouvrir les uns aux autres. Dix ans après la fin de la guerre, il reste encore des plaies qui ne se sont pas cicatrisées. Comment ne pas songer à Terry Anderson, retenu comme otage au Liban pendant sept ans : de retour à Beyrouth en 1996, il se demandait si toutes ces années avaient été perdues. Et sa réponse était : « cela dépend de ce que l’on en fait après ».
Puissent les hommes et les femmes du Liban mettre aujourd'hui un terme à toutes ces années de souffrance en apportant de la fraternité là où il en a tant manqué. Quant à nous, puissions-nous nous inspirer de cet exemple et nous employer, comme l’écrivait Voltaire, « à cultiver notre jardin » : un jardin du pardon...
Geoffroi |