| Moindre mal... |
14 mars 2000 |
Le chef de la délégation des parlementaires européens en visite en Tchétchénie a accusé les russes et les tchétchènes d’avoir commis des crimes de guerre, exigeant un cessez-le-feu immédiat et des mesures pour permettre l’arrivée de l’aide humanitaire. Il a également évoqué la possibilité que la Russie soit écartée du Conseil de l’Europe lors de sa prochaine session en avril, conseillant en outre aux autorités de Moscou d’entamer des négociations avec le président Aslan Maskhadov.
De son côté, Vladimir Poutine a préféré se réjouir de la capture d’un chef de guerre tchétchène, Salman Radouïev, qui fut aussitôt transféré à Moscou afin d’y être jugé pour actes de terrorisme : une véritable aubaine pour le président russe à quelques jours des élections qui devraient le consacrer. Salman Radouïev est réputé pour avoir dirigé de nombreuses prises d’otages. Critiqué dans son propre camp, il fut même condamné à quatre ans de prison par un tribunal islamique tchétchène.
Il est bien certain que ce genre de criminel contribue très largement à pénaliser la juste cause de la population de Tchétchénie qui ne demande qu’à vivre en paix. S’il est évident que les bandes armées font depuis des années la loi dans cette région, cela ne saurait en aucun cas justifier qu’une partie de l’opinion publique renvoie les belligérants dos à dos, attendant avec indifférence que le plus puissant parvienne à exterminer son adversaire. Dans tous les cas, ce sont des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants et de vieillards qui se retrouvent privés de tout soutien, endurant les souffrances que les deux camps leur ont toujours infligées.
Il existe cependant une différence majeure entre les combattants : les uns sont considérés par la communauté internationale comme des bandits qu’il faut éliminer tandis que les autres sont des dirigeants avec lesquels il convient de travailler... De plus, ces derniers se sont engagés à respecter les droits humains et jouissent d’un rôle de premier plan au sein des plus grandes organisations internationales.
S’il est aujourd’hui possible que des personnages aussi peu recommandables que les actuels résidents du Kremlin puissent s’installer au pouvoir pour longtemps, c’est bien parce que nos gouvernements acceptent de traiter avec des bandits. Pourquoi le font-ils ? Parce que c’est l’intérêt du monde entier et que beaucoup craignent de voir arriver à la tête de la Russie des individus encore plus dangereux. Poutine et sa clique seraient ainsi considérés comme un moindre mal. C’est là une erreur grossière qui illustre l’aveuglement de nos dirigeants : reconnaître comme un interlocuteur valable quelqu’un qui s’est servi du plus abject des moyens pour obtenir le pouvoir, c’est porter directement préjudice au peuple russe lui-même en contribuant à asseoir l’autorité d’un tyran qui conduira le pays à sa perte. Un moindre mal ne le reste jamais longtemps : il n’a de cesse que de se développer, entraînant tous ceux qui l’approchent vers leur destruction.
Geoffroi
Lectures conseillées :
>> Fédération de Russie : Un pays sans véritable justice - Amnesty International : Dans toute la Fédération de Russie, de graves atteintes aux droits humains et au droit international humanitaire sont commises par des responsables de l'application des lois et des membres des forces de sécurité. Hommes, femmes et enfants placés en détention sont presque systématiquement torturés ou victimes de mauvais traitements. Dans les centres de détention provisoire, surpeuplés et insalubres, les conditions de vie sont assimilables à un traitement cruel, inhumain ou dégradant. Selon de nombreuses informations dignes de foi, la Tchétchénie est le théâtre d'agressions contre les civils, de viols, de " disparitions " et d'exécutions extrajudiciaires imputables aux forces russes. Amnesty International dénonce l'impunité qui règne dans la Fédération de Russie et qui ne fait que perpétuer les atteintes aux droits humains. Ce rapport attire également l'attention sur les obstacles qui empêchent les victimes - femmes, enfants et membres de minorités ethniques ou nationales en particulier - d'obtenir réparation. La publication de ce rapport coïncide avec le lancement de Justice pour tous !, campagne mondiale d'Amnesty International en faveur des droits humains dans la Fédération de Russie.
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>> Tchétchénie - Collectif : "La Tchétchénie entre dans sa huitième année de guerre. Une guerre loin des regards des médias, des témoignages d'observateurs occidentaux, des organisations humanitaires. L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, dernière présence occidentale sur place, pourtant bien inoffensive, n'a pas vu son contrat renouvelé en décembre 2002. C'est une guerre qui ne dit pas son nom. Il n'y aurait pas de guerre en Tchétchénie, il n'y aurait qu'une lutte contre le terrorisme international. Mais depuis quand un peuple tout entier peut-il être décrété terroriste ? Aujourd'hui sous nos yeux, au pays légendaire de l'Arche de Noé, un peuple à la culture millénaire est en train d'être décimé. Faudra-t-il reconstituer l'arche mythique en embarquant les derniers Tchétchènes pour les sauver du déluge des exactions de la soldatesque et des mercenaires russes ? L'objectif de cet ouvrage est d'apporter les regards croisés de chercheurs éloignés géographiquement et culturellement, mais dont les analyses sont proches ou se recoupent. Le lecteur fera le lien entre une approche philosophique, historique, anthropologique et socio-politique."
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>> La Guerre de Tchétchénie - Allaman : Une fois encore, la Russie et la Tchétchénie sont en guerre. Au mépris des Conventions de Genève et avec l'approbation tacite de la communauté internationale, Moscou commet les pires exactions dans le nord du Caucase. En août 1999, moins de quatre ans après la fin de la précédente guerre de Tchétchénie, qui aurait pensé que Moscou se lancerait dans une nouvelle aventure militaire encore plus meurtrière et sanglante que la précédente ? Qui aurait dit que Vladimir Poutine ferait de ce nouveau conflit avec la Tchétchénie son fonds de commerce électoral et le tremplin de son incroyable ascension politique ? Vladimir Poutine porte une écrasante responsabilité dans le drame actuel qui ravive l'antagonisme séculaire entre Russes et Tchétchènes. Gardien d'un régime corrompu, élevé à la dure école du KGB, le maître du Kremlin va-t-il mener la Russie vers de nouveaux précipices ? Le présent ouvrage décrypte et analyse les origines et les mécanismes d'une machination politique, dénonce une instrumentalisation de la guerre à des fins personnelles et stigmatise le silence complice de l'Occident qui laisse l'armée russe massacrer le peuple tchétchène en toute impunité.
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