| Un sanctuaire de Paix |
Mardi 13 novembre 2001 |
Après les attentats du 11 septembre, Ariel Sharon a pensé un instant que le gouvernement américain manifesterait plus de compréhension à son égard. Il a dû déchanter. Jamais les relations n'ont été aussi tendues entre le département d'état et les autorités israéliennes, le premier pressant les secondes de régler au plus vite « l'éternel » conflit israélo-palestinien. Mais le premier ministre de l'état hébreu ne l'entend pas de cette oreille. Fermé qu'il est au vocabulaire de la paix, il préfère gagner du temps tout en s'efforçant de semer la zizanie au sein du camp palestinien et de jeter à terre un Yasser Arafat déjà passablement fragilisé. Une fois qu'il n'aura plus en face de lui que le Hamas et les autres organisations terroristes, Ariel Sharon croit pouvoir imposer au monde sa vision de l'avenir d'Israël et des peuples de la région, lui qui ne se sent à l'aise que dans les rapports de force. En attendant, les Israéliens paient chèrement le prix des errements sanguinaires de leur régime, tandis que les Juifs du reste du monde redoutent avec raison de nouvelles poussées d'antisémitisme.
Il n'est, en effet, rien de pire que l'amalgame et que cette tendance
qui pousse les individus, en temps de crise, à choisir un camp
contre un autre, inconscients qu'ils sont que le seul parti à
prendre est celui de la paix, idéal auquel il est nécessaire de
consacrer chaque instant de son existence et non de réagir seulement
lorsqu'un danger se profile à l'horizon. A l'heure actuelle, l'on
met souvent en avant les valeurs de paix et de fraternité inhérentes
à la culture arabo-musulmane. Cela est juste et indispensable.
Mais il est tout autant juste et indispensable de rappeler que
la judéité est porteuse de semblables richesses et de donner la
parole aux colombes, maintenant que les faucons ont démontré qu'ils
ne connaissaient nul autre langage que celui de la mort... Rappelons-nous
donc que dès les jours qui suivirent les attentats, des organisations
juives furent les premières à mettre en garde les Etats-Unis et
Israël contre le profit qu'ils pourraient tenter de tirer de ce
crime, prônant indéfectiblement le recours au dialogue et à la
justice, allant même jusqu'à demander aux gouvernements de résister
à la tentation d'étiqueter comme « terroristes » les organisations
arabes opposées à la politique américaine. Ces mêmes mouvements
militent depuis des décennies pour la fin de l'occupation des
territoires palestiniens par Israël et le retour aux frontières
de 1967. Et c'est avec la plus grande rigueur qu'ils dénoncent
la punition collective infligée au peuple palestinien et les violations
innombrables de leurs droits. En ce moment même, l'association
américaine Jewish Unity for a Just Peace (JUNITY) lance un appel
au gouvernement israélien pour qu'il accepte enfin de négocier
une paix fondée sur le respect des droits humains, la démocratisation
et la démilitarisation. En d'autres termes, la politique d'assassinat
d'état pratiquée par Ariel Sharon ne doit pas nous faire oublier
qu'une majorité d'Israéliens sont favorables à la création d'un
état palestinien et qu'au moins la moitié de la population accepte
l'idée du démantèlement de la plupart des colonies...
Aujourd'hui, Israël apparaît donc comme une nation frappée par
le désarroi et affaiblie par ses contradictions, son aspiration
à la paix étant battue en brèche par son désir de sécurité, conflit
moral que les politiciens n'ont jamais cessé d'exploiter. De sorte
que si nous voulons que règne enfin la paix dans cette région
du monde, il est vital que les Israéliens et, plus largement,
l'ensemble des Juifs jouissent eux aussi de l'estime, du respect
et de la compréhension de la communauté internationale. L'on sait
trop que le sentiment d'être rejetés pousse les individus à adopter
des positions radicales qui ne traduisent pas l'intégralité de
ce qu'ils sont, mais ne reflètent que leurs peurs. Dans cet objectif,
il importe non seulement de dénoncer haut et fort les expressions
d'antisémitisme qui défigurent nos sociétés, mais aussi de faire
preuve d'objectivité dans notre vision de la crise israélo-palestinienne.
En effet, autant il est normal de condamner la politique suicidaire
et haineuse d'Ariel Sharon et les crimes qui en résultent, autant
il convient de cesser de trouver des excuses aux Palestiniens
qui tuent des civils israéliens : ils sont des terroristes au
même titre que le serait un militaire de Tsahal qui tuerait volontairement
une femme ou un enfant de Gaza...
Oui, le désir de paix nous invite à laisser tomber un certain nombre de conditionnements pour considérer finalement les individus et non les groupes, les responsabilités et non les origines culturelles, raciales ou religieuses etc. Plus que jamais, il faut que cesse l'hypocrisie qui nous conduit trop souvent à faire preuve d'injustice, selon que les hommes et les femmes que nous avons face à nous appartiennent à une communauté en laquelle nous nous reconnaissons ou occupent des fonctions qui nous séduisent ou nous impressionnent. Trouvons-nous plutôt des principes fondamentaux en commun sur lesquels nous pourrions fonder un avenir harmonieux. Des réalités simples sont à notre portée. Ne les méprisons pas du fait de leur apparente banalité, nous sommes loin de savoir les appliquer en permanence. L'une d'elles s'énonce comme suit : ne faisons pas payer à des innocents les fautes commises par autrui, au nom d'une monstrueuse « culpabilité par association », qu'elle soit de type racial, culturel ou autre. C'est de la pure imbécillité. Dans le même esprit, rappelons-nous que nous pouvons aussi agir en personnes responsables et cessons de nous cacher derrière de pseudo-représentants : les positions que nous prenons sont lourdes de conséquences, même si nous ne détenons pas le pouvoir. Conscients de cela, peut-être cesserons-nous de traiter avec indulgence les trop nombreux criminels d'état qui nous gouvernent, du fait du sentiment inconscient de culpabilité qui, parfois, nous traverse. C'est de la pure veulerie. Si nous adoptons ces principes basiques dans notre vie quotidienne, nous ne tarderons pas à faire la connaissance d'une autre réalité, décrite ainsi par le Rabbin Waskow : « les attaques terroristes doivent nous rappeler que notre planète est en fait un réseau de vies qui se mélangent étroitement. C'est pourquoi je dois aimer mon voisin comme je m'aime parce que nos vies sont entremêlées. La leçon que nous devons en tirer est que seul un monde où tous reconnaîtraient notre vulnérabilité peut devenir un monde où les communautés se sentiraient responsables les unes des autres. Et seul un tel monde peut nous prémunir contre de tels actes de furie et de mort. Ensemble, faisons de ce monde vulnérable un sanctuaire de shalom (de paix), de sécurité et d'harmonie. »
Geoffroi 
Lectures conseillées :
>> La Guerre israélienne de l'information : Désinformation et fausse symétries dans le conflit israélo-palestinien - Joss Dray, Denis Sieffert : La guerre, avant d'être une affaire militaire, est une affaire de mots. Ils ont joué un rôle majeur dans l'offensive déclenchée, le 28 février 2002, par l'armée israélienne contre les villes palestiniennes. On sait à quel point, à cette occasion, elle a placé l'information sous contrôle. Mais on sait moins que l'offensive a été préparée par un long travail de délégitimation de l'Autorité palestinienne. Cette entreprise de désinformation commence dès le lendemain de la négociation de Camp David II, en juillet 2000 : le " refus " de Yasser Arafat d'accepter la " généreuse " proposition israélienne de restitution de " 97 % " des territoires occupés va devenir une vérité acceptée par l'ensemble de l'opinion internationale. Or, comme le démontrent les auteurs de ce livre, il s'agit d'un pur mensonge, suivi de bien d'autres...
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>> Palestine - Israël. Approches historiques et politiques - Collectif , Samaha Khoury : Le destin de la Palestine est, depuis toujours, tragique. L'histoire de cette terre est celle d'incessants conflits. La violence qui s'y manifeste est probablement liée au fait religieux : sur une “Promesse divine” se sont greffées des réalités politiques. Tout cela engendre contestations et discordes, là où il faudrait une sage organisation, respectueuse des droits de tous, et des compromis à défaut de consensus. Il est difficile d'expliquer le conflit israélo-arabe sans recourir à l'histoire et sans revenir sur la fameuse “Promesse de Yahvé”, sur l'idéologie sioniste et le rêve de la “Terre Promise”, sur la déclaration de Balfour et enfin sur les décisions de l'ONU, surtout celle du partage de 1947, et leur nonapplication. Avec l'accord d'Oslo de 1993, la paix semblait pouvoir s'établir. Mais cet accord était-il véritablement l'œuvre commune de toutes les parties en présence ? La paix qui devait résulter de cet accord n'était-elle pas plutôt une fausse paix, annonciatrice de futures catastrophes ?
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>> Politicide : Les Guerres d'Ariel Sharon contre les palestiniens - Baruch Kimmerling, Arnaud Regnault de la Soudière (Traduction) : Mettant en relief dés épisodes clés de la politique israélienne (guerre de 196'7, guerre du Liban, Intifada), Baruch Kimmerling décrit le parcours d'Ariel Sharon: ses succès militaires, son arrivée sur la scène politique, ses liens avec le pouvoir, ses victoires électorales. Il livre ainsi une démonstration brillante du fonctionnement de la société israélienne et de la pensée politique de Sharon. À l'heure où Israël connaît de profondes mutations (réduction drastique de la liberté d'expression, implication croissante dès militaires dans les affaires politiques...), Baruch Kimmerling écrit un ouvrage indispensable pour comprendre une situation d'urgence, véritable cri d'alarme contre les extrémismes de tous bords.
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