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Les réformateurs
13 février 2001


Le président iranien Mohammed Khatami a profité du vingt-deuxième anniversaire de la révolution islamique, il y a quelques jours, pour déclencher une attaque en règle contre les conservateurs, les accusant de « détourner le pouvoir » en s’opposant aux réformes démocratiques qu’il tente de mettre en place. Il les a ainsi menacés « d’une crise sociale » sans précédent, tandis que les forces de l’ordre réprimaient des manifestations d’étudiants réclamant la liberté d’expression. Depuis un an, les partis religieux, qui exercent une emprise totale sur l’armée, la police et la justice, n’ont cessé de faire obstacle aux mesures envisagées par les réformateurs majoritaires au parlement, interdisant des dizaines de publications, jetant en prison et torturant les journalistes critiques à leur égard et faisant assassiner les dissidents.

« Leur Dieu, c’est leur vision étriquée et obscure qui combat les revendications du peuple au nom de la religion », a déclaré le président Khatami, dénonçant les interprétations extrémistes de la loi islamique qui constituent autant d’atteintes aux libertés fondamentales. Cette offensive intervient à quelques mois des élections présidentielles, dans un climat particulièrement troublé : nul ne sait si Khatami se représentera, étant donné le désenchantement de ceux qui l’ont porté au pouvoir. Sa dernière charge contre les conservateurs peut donc être vue davantage comme un test plutôt qu’un appel courageux aux forces vives de la nation. Il est bien tard, en effet, pour s’attaquer frontalement aux religieux et l’on se demande si les réformateurs n’ont pas, eux aussi, été frappés par ce fameux syndrome du pouvoir qui fait que lorsqu’on l’exerce - même très peu - on devient prêt à tout pour le conserver...

Jusqu'à présent, les réformateurs n’ont pas fait preuve de beaucoup d’audace dans leur entreprise d’édification d’un système démocratique véritablement soucieux de l’opinion des citoyens. Ils semblent plutôt avoir cherché à préserver leur influence et se satisfaire du cadre politique actuel où les décisions se négocient dans l’ombre, loin de la lumière crue de la rue et de ses contestataires. Dans un pays où la critique a toujours été combattue avec la plus grande violence et où la pensée de l’élite gouvernante est érigée au rang de dogme, un authentique esprit réformateur ne peut souffler longtemps dans les allées du pouvoir. Soit il commence à s’éteindre et son énergie initiale n’alimente plus que son intellect, soit il continue de se répandre et ses adversaires ne peuvent, pour le contenir, que tenter de l’étouffer derrière les barreaux d’une prison. C’est là que se trouvent à présent les vrais réformateurs iraniens.

Geoffroi Contact


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