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L'ombre des héros
13 novembre 2000


Léa Rabin, la veuve d’Yitzhak Rabin assassiné il y a juste cinq ans, est décédée hier d’un cancer. Son action incessante en faveur de la paix a été saluée par les chefs d’état du monde entier, et notamment par Bill Clinton et Ehud Barak, qui entamaient hier des pourparlers en vue de stopper la violence dans les territoires palestiniens. A cette occasion, le premier ministre israélien s’est déclaré opposé à l’envoi d’une force d’interposition internationale demandé par Yasser Arafat, tandis que les représentants des pays arabes, réunis au Qatar, appelaient à la rupture des liens avec Israël.

Léa Rabin n’aura donc pas pu réaliser son rêve : assister à la signature d’un accord de paix durable entre israéliens et palestiniens. Elle y avait pourtant consacré tous ses efforts, allant jusqu'à accueillir le dirigeant palestinien comme un membre de sa famille et tissant une véritable amitié avec lui et son épouse. Dans son propre pays, Léa Rabin s’était taillé une réputation de femme inébranlable sur ses convictions, critiquant sévèrement l’ancien chef du gouvernement Benjamin Netanyahu pour avoir brisé le processus de paix et instauré un climat de haine, et n’hésitant pas à faire part de sa déception à l’égard d’Ehud Barak, soupçonné de vouloir faire trop de concessions...

Léa Rabin semblait porter en elle cette contradiction commune à de nombreux israéliens qui consiste à désirer sincèrement la paix, mais pas à n’importe quel prix : « mon mari n’aurait jamais fait de compromis sur la Vieille Ville et le Mont du Temple ; pour lui, Jérusalem était sacrée d’un point de vue national et historique », expliquait-elle. Sans doute est-ce pour cela qu’elle n’a pu concrétiser son espérance, à cause de sa fidélité à la mémoire d’un homme et de son attachement à un glorieux héritage. Le monde ploie, en effet, sous le lourd fardeau du passé : à trop honorer les héros, on en vient - cela est bien connu - à vivre dans leur ombre au lieu de prolonger leur action.

Ce dont Israël souffre aujourd’hui, ce n’est pas seulement de l’inconscience criminelle de ses leaders, prêts à pactiser avec leurs ennemis d’hier pour se maintenir au pouvoir, mais du poids de ses traditions qui l’empêche de discerner clairement la voie que lui indique l’histoire. Le peuple juif, lui qui a le plus souffert au XX ème siècle, a la capacité de savoir ce qui est authentiquement sacré à notre époque : la vie humaine. A côté d’elle, quelques hectares de terre sur une colline sainte n’ont pas la moindre valeur.

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Lectures conseillées :

>> La Guerre israélienne de l'information : Désinformation et fausse symétries dans le conflit israélo-palestinien - Joss Dray, Denis Sieffert : La guerre, avant d'être une affaire militaire, est une affaire de mots. Ils ont joué un rôle majeur dans l'offensive déclenchée, le 28 février 2002, par l'armée israélienne contre les villes palestiniennes. On sait à quel point, à cette occasion, elle a placé l'information sous contrôle. Mais on sait moins que l'offensive a été préparée par un long travail de délégitimation de l'Autorité palestinienne. Cette entreprise de désinformation commence dès le lendemain de la négociation de Camp David II, en juillet 2000 : le " refus " de Yasser Arafat d'accepter la " généreuse " proposition israélienne de restitution de " 97 % " des territoires occupés va devenir une vérité acceptée par l'ensemble de l'opinion internationale. Or, comme le démontrent les auteurs de ce livre, il s'agit d'un pur mensonge, suivi de bien d'autres... Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Palestine - Israël. Approches historiques et politiques - Collectif , Samaha Khoury : Le destin de la Palestine est, depuis toujours, tragique. L'histoire de cette terre est celle d'incessants conflits. La violence qui s'y manifeste est probablement liée au fait religieux : sur une “Promesse divine” se sont greffées des réalités politiques. Tout cela engendre contestations et discordes, là où il faudrait une sage organisation, respectueuse des droits de tous, et des compromis à défaut de consensus. Il est difficile d'expliquer le conflit israélo-arabe sans recourir à l'histoire et sans revenir sur la fameuse “Promesse de Yahvé”, sur l'idéologie sioniste et le rêve de la “Terre Promise”, sur la déclaration de Balfour et enfin sur les décisions de l'ONU, surtout celle du partage de 1947, et leur nonapplication. Avec l'accord d'Oslo de 1993, la paix semblait pouvoir s'établir. Mais cet accord était-il véritablement l'œuvre commune de toutes les parties en présence ? La paix qui devait résulter de cet accord n'était-elle pas plutôt une fausse paix, annonciatrice de futures catastrophes ? Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Israël, Palestine : La Vérité sur un conflit - Alain Gresh : Ce livre est né d'une indignation, mais aussi d'une volonté de comprendre, de faire comprendre. En quelques mois, tous les espoirs de paix au Proche-Orient, nés de la poignée de main historique entre Yasser Arafat et Itzhak Rabin en 1993, se sont effondrés. La seconde Intifada a exprimé les limites des accords signés. En France, cette révolte a suscité des solidarités souvent “communautaires”, de la part des juifs comme des Arabes. Faut-il se résigner à ces dérives ? N'existe-t-il pas un discours laïque susceptible de transcender ces divisions ? Alain Gresh est rédacteur en chef du Monde diplomatique et auteur de plusieurs ouvrages, dont avec Dominique Vidal, Les 100 portes du Proche-Orient (L'Atelier, 1996), et, avec Tariq Ramadan, L'Islam en question (Actes Sud, 2001). Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !



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