| Guerre et Pain... |
13 avril 2000 |
L’envoyée spéciale des Nations Unies, Catherine Bertini, directrice exécutive du Programme Alimentaire Mondial (PAM), est arrivée en Ethiopie mercredi afin d’estimer la situation. Elle a lancé un appel à l’occident pour que cette dernière procède dès maintenant à des dons importants de façon à enrayer la catastrophe avant qu’elle n’atteigne son paroxysme. Evoquant la générosité de la communauté internationale les années précédentes, Catherine Bertini a cependant fait remarquer que seulement la moitié des 800 000 tonnes de nourriture demandées avait été envoyée.
Actuellement, ce sont environ 16 millions de personnes qui sont menacées par une famine dont l’imminence paraît chaque jour plus probable. Dix pays d’Afrique sont touchés par la sécheresse : l’Erythrée, la Somalie, Le Soudan, Djibouti, le Kenya, la Tanzanie, le Burundi, l’Ouganda, le Rwanda et, surtout, l’Ethiopie. La guerre qui oppose celle-ci à l’Erythrée ne fait qu’aggraver la situation de part et d’autre, rendant plus difficile le travail des humanitaires. Non seulement les populations déplacées sont davantage soumises à la malnutrition, mais, de plus, les gouvernements gaspillent des millions de dollars en armement au lieu de dépenser cet argent à nourrir leur peuple.
Dans des circonstances de ce genre, certaines personnes en viennent à se demander s’il faut vraiment donner de l’argent à un tel régime, au risque qu’il l’utilise pour faire la guerre. La réponse, évidemment affirmative, ne doit pas dissimuler le vrai problème : si un régime dictatorial a pu agir ainsi, c’est bien à cause de l’absence totale de contrôle sur les ventes d’armes dans le monde, de sorte qu’il a pu se produire que certains « marchands de canons » profitent honteusement de l’argent versé par la communauté internationale pour soulager des hommes et des femmes affamés...
Une pratique aussi criminelle nous indique clairement la voie à suivre : celle de la cohérence qui consiste à mettre tous les atouts du côté de la fraternité et non pas à réagir ponctuellement. L’aide que nous devons fournir aux pays pauvres doit s’inscrire dans un programme global de développement de relations plus humaines les uns avec les autres et non dans l’aliénation à des émotions passagères. Tant que les êtres humains ne se comporteront pas de façon plus cohérente, le soulagement qu’ils prétendront apporter à leurs semblables s’accompagnera d’effets pervers, signes de la dualité dont ils ont tant de mal à s’extraire.
Geoffroi |