| Faces cachées |
Lundi 12 mars 2001 |
La caravane des rebelles zapatistes est arrivée hier à Mexico où elle a reçu un accueil triomphal de la part de dizaines de milliers de personnes accourues pour voir le "subcomandante Marcos", arborant sa célèbre cagoule noire, accompagné par 23 de ses lieutenants venus sans armes. De son côté, Vicente Fox, le président nouvellement élu, a souhaité la bienvenue aux chefs de la guérilla, pressé qu'il est de mettre un terme à la révolte qui sévit dans la riche province du Chiapas depuis plus de sept ans. Bien malin qui pourrait dire sur quoi débouchera ce surprenant spectacle médiatico-politique où se mesurent un ancien professeur de philosophie - au discours plutôt marxiste - champion des droits des indigènes et un ancien cadre de la firme Coca-Cola, défenseur des intérêts du monde des affaires... Souhaitons, en tout cas, que cet audacieux cocktail, ce "Zapa-Cola", n'ait pas un goût trop amer pour ceux qui devront finalement l'absorber : les dix millions d'indiens opprimés depuis des siècles.
Lors de sa campagne électorale, Vicente Fox s'était engagé à régler la révolte du Chiapas "en 15 minutes" et l'on voudrait bien aujourd'hui que cela s'avère aussi facile qu'il le prétendait. Mais la solution dépend à présent du Congrès qui se réunira le 15 mars et décidera ou non de ratifier les accords de San Andres, conclus en 1996, dont le point principal consiste en l'inscription des droits des indigènes dans la Constitution mexicaine. Revendication fondamentale des zapatistes, une telle reconnaissance pourrait avoir des conséquences considérables, tant au Mexique lui-même que sur le plan international. En effet, si les représentants politiques devaient accorder l'autonomie aux indiens du Chiapas, cela donnerait enfin à ces derniers la possibilité de contrôler les ressources naturelles de leur région, richesses convoitées par bien des firmes étrangères... Ce serait alors un signe particulièrement fort donné aux multinationales du monde entier quant à la primauté des droits des peuples, à l'heure où "mondialisation" rime surtout avec "profit" et "injustice sociale". Le président mexicain ayant lui-même actionné les sirènes du libéralisme, promettant de redresser l'économie de son pays en l'ouvrant aux investisseurs privés et étrangers, on voit difficilement pourquoi les membres de son parti choisiraient brutalement de renoncer à leurs intérêts.
Autrement dit, le sous-commandant Marcos n'est certainement pas le seul à porter une cagoule : Vicente Fox et son gouvernement semblent, eux-aussi, avancer masqués. En laissant venir les révoltés dans la capitale, d'où il leur sera difficile de repartir les mains vides, les dirigeants cherchent-ils une radicalisation du conflit ? Ou bien comptent-ils faire accepter aux indigènes un accord largement amendé où leurs droits n'auraient plus qu'une valeur théorique ? Les événements des semaines qui viennent nous apporteront bientôt la réponse quant à l'honnêteté des protagonistes de cette crise. Mais devant le spectacle d'un révolutionnaire, sorte de nouveau Che Guevara, aux intentions mal définies et d'un président soucieux de plaire à la fois au peuple et à l'élite, on ne peut s'empêcher de déplorer que le sort de millions d'êtres humains, odieusement maltraités, dépende de personnages qui cachent leur véritable face.
Geoffroi
Lectures conseillées :
>> Marcos, la dignité rebelle - Sous-commandant Marcos, Ignacio Ramonet : Personnage de légende, le sous-commandant Marcos, chef de l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), lutte depuis 1994 pour la reconnaissance des droits des Indiens au Mexique. Ce chef guérillero du Chiapas n'a jamais commis d'attentat, il honnit la violence et se sert seulement d'Internet, des mots et de son imagination pour mobiliser l'opinion internationale en faveur de la cause sacrée qu'il défend. Masqué par son célèbre passe-montagne, il explique ici les raisons de sa révolte, se penche sur la marginalisation des pauvres du Sud à l'heure de la globalisation économique, tout en rêvant à un autre monde possible. Il parle de sa récente marche sur Mexico, de la mondialisation, de la taxe Tobin, d'ATTAC, de Davos, du Plan Colombie, de Porto Alegre et des nouvelles. résistances.
À l'entendre s'exprimer, avec modestie et conviction, on comprend pourquoi tous ces jeunes qui, de Seattle à Québec, s'insurgent contre les méfaits de la globalisation, ont fait de Marcos leur « vengeur masqué », leur grande référence politique et leur héros mythique.
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>> Chiapas Mexico : La marche zapatiste - Mat Jacob : En février 2001 , après sept ans de lutte au Chiapas, les zapatistes décident d'entamer un dialogue avec le nouveau gouvernement mexicain et commencent une marche pacifique de 3 000 kilomètres vers Mexico. Ces photographies témoignent d'un immense mouvement d'espoir face à un système politique corrompu et sclérosé, et d'une résistance civile qui se manifeste, durant toute la traversée du pays, à travers les gestes, les regards, le soutien de milliers de personnes venues se presser au bord d'une longue route.
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>> La Fragile Armada : La Marche des zapatistes - Collectif : La parole et le sens contre le pouvoir et le sang. Les zapatistes n'avaient jamais dit de manière aussi dense et aussi poétique que lors de la marche sur Mexico en février et mars 2001 ce qui fait l'esprit de leur mouvement et qui en explique le formidable écho. Cette fragilité qui en est la force. Les zapatistes tentent de s'arracher à la fatalité de la violence. Curieux guérilleros qui n'ont combattu que douze jours, en janvier 1994, avant de se transformer en un mouvement armé non violent, qui marchent sur Mexico les mains nues, mais avec leurs passemontagnes. « Nous autres Indiens, nous étions invisibles, il a fallu que nous nous cachions le visage pour que l'on nous voie. » Leurs armes, ce sont les mots. Ceux de Marcos, le passeur, fenêtre entre le monde indien et l'univers des autres Mexicains, le nôtre aussi. Ceux de ses « soeurs et frères » indiens qu'il accompagne dans la fin du silence, la prise de parole. Un feu roulant de paroles nouvelles, qui, à travers communautés, villes et villages, gagnent le coeur du Mexique, se font entendre sur le Zocalo, la place centrale de « la plus grande ville du monde », à la tribune du Congrès et au-delà des frontières, jusqu'à nous.
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>> Comment les Indiens m'ont converti - Samuel Ruiz, Carles Torner : « J' avais cru être envoyé au Chiapas pour évangéliser les indigènes et voilà que j'ai été évangélisé par eux. » Après avoir vécu quarante ans comme évêque dans cette région du Mexique, Samuel Ruiz raconte sa découverte surprenante des Indiens mayas qui constituent 80 % de la population du Chiapas. Rarement un document aura décrit avec autant de profondeur ce que signifie, pour ce Mexicain qui a failli naître aux Etats-Unis, la rencontre exigeante d'autres peuples loin de tout exotisme et de toute compréhension superficielle. Dans une région soumise à la pauvreté, en proie à la violence du pouvoir central mexicain, Samuel Ruiz met en lumière la dignité des Mayas et de leurs cultures dans un combat où convergent lutte pour les droits de l'Homme et expression de leur espérance dans le Christ. Ce livre, où résonne l'écho du peuple du Chiapas et du mouvement zapatiste, fait entendre la voix d'un juste en Amérique latine.
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