La Conférence des Nations Unies sur la désertification s’est ouverte hier, à Bonn, par l’intervention du président de l’Allemagne, Johannes Rau. Rappelant à ses auditeurs venus de tous les pays de la planète que le quart des terres était frappé par la désertification, ce dernier a convié les nations développées à s’impliquer davantage dans la lutte contre ce phénomène dont les conséquences sont, entre autres, l’accroissement de la pauvreté, des maladies, des migrations et des conflits... A cet effet, les états disposent d’une Convention sur la lutte contre la désertification ratifiée par plus de 170 pays. Son rôle est de veiller à la bonne gestion des écosystèmes arides ainsi qu’à l’efficacité de l’aide au développement apportée par les pays donateurs. Jusqu'à présent, il est impossible de savoir quelles sommes ont été débloquées dans le cadre de ce combat crucial du point de vue écologique et humain, signe que les pays riches n’y accordent toujours pas l’attention qu’il mérite. Selon le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), une action mondiale sur vingt ans nécessiterait 20 milliards de dollars. A titre de comparaison, les pays touchés par la désertification connaissent une perte de revenus s’élevant à plus de 40 milliards de dollars par an.
Si la désertification constitue aujourd’hui un problème alarmant, c’est, tout simplement, parce qu’elle affecte les cultures vivrières permettant aux populations de subsister. Dans les cinquante années à venir, l’humanité va devoir tripler sa production alimentaire pour être capable de nourrir correctement l’ensemble de la planète : un défi qui ne sera pas atteint si le processus de désertification n’est pas inversé. Mais dès à présent, les conséquences directes de la dégradation des terres sont dramatiques, tant pour l’environnement que pour les êtres humains : appauvrissement des sols, dispersion des nutriments, érosion, pollution atmosphérique, ruissellements et inondations forment quelques uns des effets physiques ; famine, maladies, déplacements massifs de populations, tensions sociales et guerres composent le tableau humain... Bien entendu, l’impact de ces désastres ne se limite pas aux régions directement concernées par la désertification, mais regarde les équilibres écologiques, économiques et politiques de la planète entière. La diversité biologique, par exemple, s’en trouve compromise ainsi, bien sûr, que les ressources en eau. De même, la désertification participe aux changements climatiques et, de ce fait, au réchauffement de la terre. L’insécurité alimentaire et la pauvreté qu’elle induit sont une source majeure de conflits, lesquels constituent aussi un manque à gagner pour les échanges internationaux. Si l’on y ajoute le fait que les terres arides recèlent également des ressources vitales, notamment pour l’industrie pharmaceutique, on réalise d’autant mieux l’importance de l’implication générale des nations, riches et pauvres, dans la lutte contre ce fléau.
Dès lors que l’être humain prend conscience de la portée planétaire d’une menace et qu’il consent à s’engager à y faire face, il est alors proche de réaliser qu’il en est lui-même à l’origine, plus ou moins directement. En effet, les raisons données pour expliquer la dégradation des terres arides sont, essentiellement, leur surexploitation, le surpâturage, le déboisement, une mauvaise irrigation etc. Ces causes ont en elles-mêmes des origines plus profondes dont, trop souvent, des conditions économiques défavorables, des politiques impitoyables visant le profit à court terme ou, plus prosaïquement, l’ignorance. Autrement dit, un manque de partage des richesses, qu’elles soient matérielles ou intellectuelles, qui traduit une inconscience caractérisée ainsi qu’une méconnaissance tragique de l’interdépendance entre les êtres et les choses... Et c’est alors comme si la nature elle-même voulait illustrer nos lacunes pour nous aider à percevoir notre barbarie : d’un côté, des torrents furieux de bénéfices qui nous submergent et nous aveuglent, de l’autre, des déserts où l’on cherche en vain quelques pousses de fraternité.
Geoffroi |