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Le Salut des autres
12 avril 2000


Les représentants de 133 pays sont actuellement réunis au sommet du « Groupe des 77 » à la Havane, organisation fondée en 1964 dans le but de favoriser le développement des nations du sud. Jamais autant de chefs d’état et de gouvernement ne se seront trouvés ainsi rassemblés pour évoquer les problèmes profonds du Tiers-Monde. Le ministre des affaires étrangères cubain a d’emblée donné le ton en appelant les pays du nord à oeuvrer pour un monde « plus juste et plus solidaire ».

Tout au long de ce sommet, il sera donc essentiellement question de la globalisation et de ses effets négatifs sur l’emploi, la pauvreté, les inégalités entre les nations au nombre desquelles se trouvent l’accroissement du fossé technologique et les différences d’influence dans la participation aux processus de décision. C’est ainsi que les pays du G77 vont, d’une part, mettre au point des programmes visant à obtenir une meilleure coopération entre les états membres, et, d’autre part, jeter les bases de relations nouvelles entre le nord et le sud, pour permettre à ce dernier de jouer un rôle plus important dans l’économie mondiale.

Les propos du ministre cubain des affaires étrangères ont eu le mérite de poser la vraie question à laquelle les pays riches devront répondre : « les pays développés pourront-ils vivre tranquilles si la pauvreté croissante et la famine ne sont pas éliminées dans les pays sous-développés ? » a-t-il demandé, ajoutant qu’ils avaient « eux aussi besoin de notre salut ».Oui, d’un point de vue purement matériel, les nations favorisées commettent une grave erreur en ne donnant pas toute la priorité au combat contre la pauvreté en ce monde, facteur premier d’instabilité et de cette émigration qu’elles redoutent tant.

Mais nous ne pouvons nous suffire d’un tel argument pour inciter les pays riches à revoir leur conception de la globalisation. Les faits nous indiquent d’ailleurs que la perspective d’une déstabilisation générale ne constitue pas un élément motivant. C’est le regard que nous portons sur le monde qui doit évoluer. La misère du sud, telle que les médias nous la décrivent, ne trouve pas son sens dans la culpabilité qu’elle peut générer en nous mais dans la prise de conscience qu’elle favorise : nous avons plus besoin des autres - de tous les autres - que nous n’avons besoin de richesse et de confort. En d’autres termes, nous sommes davantage heureux lorsque nous partageons et que nous coopérons plutôt que lorsque nous cherchons à être compétitifs ou à dominer.

Ce « besoin du salut » des autres, c’est sans aucun doute la valeur spirituelle que recherchent nos sociétés en quête de merveilleux : cette simple manifestation de la fraternité qui découle naturellement de la Vie lorsque nous lui permettons de faire son chemin en nous, tranquillement.

Geoffroi Contact


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