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12 mars 2000 |
Vladimir Poutine a déclaré à Tony Blair, actuel premier ministre de Grande Bretagne, que « la Russie devait corriger sa politique en matière de droits de l’homme ». Il a ajouté que « cela concernait aussi la Tchétchénie ». Le président par intérim de la Russie a également affirmé que son pays serait prêt à accepter l’aide de l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) dans le règlement du conflit tchétchène. Réconforté par les déclarations du maître du Kremlin, Tony Blair s’est hâté de conseiller aux hommes d’affaires britanniques d’investir en Russie. Puis, les deux dirigeants se sont rendus à l’opéra pour assister à une représentation de « Guerre et Paix »...
Pendant ce temps, les combats qui opposent les troupes russes - notamment les troupes d’élite du Ministère de l’Intérieur - et les combattants tchétchènes font rage : les pertes en vies humaines sont les plus lourdes enregistrées depuis cinq mois. Il semble donc évident que la « rébellion » est loin d’être matée contrairement aux annonces faites par le Kremlin qui évoquent la fin prochaine du conflit et la mise au pas des combattants tchétchènes. Ces discours ont pour seul objectif de calmer les critiques émanant des mères de soldats et des médias, à deux semaines de l’élection présidentielle.
Quant aux propos doucereux de Vladimir Poutine laissant envisager un assouplissement de sa politique en Tchétchénie, ils participent d’une même stratégie - visant à endormir la vigilance de l’Occident - que les manœuvres de séduction de ces derniers jours à l’égard de l’OTAN : il faut dire que les protestations se font un peu plus insistantes et que le Conseil de l’Europe pourrait remettre en question la présence de la Russie en son sein. Le chef de la délégation européenne, en visite à Grozny ce week-end, a, en effet, exprimé son émotion face au spectacle de la ville entièrement détruite et aux souffrances des civils.
S’il est hautement souhaitable que le gouvernement actuel de la Russie soit condamné de la façon la plus ferme par le Conseil de l’Europe, quel effet réel cette mesure pourrait-elle avoir si les gouvernements occidentaux continuent de considérer le régime en place comme un partenaire acceptable ? Après Bill Clinton qui décrivait Vladimir Poutine comme « quelqu’un avec qui on peut travailler », c’est maintenant au tour de Tony Blair « d’appeler au développement des relations avec la Russie ». Soyons clairs : un partenaire acceptable est quelqu’un à qui l’ont peut faire confiance ; or le chef d’un gouvernement qui fonde son pouvoir sur le massacre de toute une population n’est pas un homme digne de confiance. Et l’on ne voit pas par quel prodige un gouvernement qui commet les pires exactions en matière de droits humains pourrait être un partenaire économique respectable : quel que soit le domaine où l’on envisage des échanges avec lui, il utilisera les moyens les plus abjects dès lors que leur efficacité lui fera miroiter un maximum de profit. Ainsi, se commettre avec les seigneurs du Kremlin, c’est faire toujours plus assaut d’immoralité et d’inhumanité. Il est encore temps de s’en rendre compte et de sauver ce qu’il nous reste d’âme.
Geoffroi
Lectures conseillées :
>> Tchétchénie : Le déshonneur russe - Anna Politkovskaïa, André Gluksmann (Préface), Galia Ackerman (Traduction) : Depuis août 1999, Anna Politkovskaïa, grand reporter du bihebdomadaire Novaïa Gazetta, s'est rendue plus d'une quarantaine de fois en Tchétchénie pour couvrir la guerre, la seconde, qui frappe cette petite République. Pour elle, c'est l'avenir même de la Russie et ses chances d'accéder à une véritable démocratie qui sont enjeu. Décrivant le calvaire de la population tchétchène, elle montre que la poursuite du conflit le rend de plus en plus incontrôlable. La violence absolue favorise la minorité tchétchène la plus extrême, au détriment de la majorité acquise aux idées occidentales, et déshumanise les combattants des deux camps. Les militaires russes pillent, violent et tuent en toute impunité, les combattants tchétchènes sombrent dans la délation et les règlements de compte, dévorés par le désir de vengeance d'un côté, et les exigences cyniques de la survie de l'autre, basculant parfois dans la criminalité pure et simple. Et finalement, ces pratiques finissent par gangrener moralement toute la société. Pour Anna Politkovskaïa, qui n'épargne pas l'actuel président russe Vladimir Poutine, cette spirale infernale trouve son origine dans la tradition d'un pouvoir qui a besoin d'un ennemi - bouc émissaire -, pour lui faire porter le poids des malheurs - réels - des Russes, dans la difficile période du postcommunisme.
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>> Tchétchénie - Collectif : "La Tchétchénie entre dans sa huitième année de guerre. Une guerre loin des regards des médias, des témoignages d'observateurs occidentaux, des organisations humanitaires. L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, dernière présence occidentale sur place, pourtant bien inoffensive, n'a pas vu son contrat renouvelé en décembre 2002. C'est une guerre qui ne dit pas son nom. Il n'y aurait pas de guerre en Tchétchénie, il n'y aurait qu'une lutte contre le terrorisme international. Mais depuis quand un peuple tout entier peut-il être décrété terroriste ? Aujourd'hui sous nos yeux, au pays légendaire de l'Arche de Noé, un peuple à la culture millénaire est en train d'être décimé. Faudra-t-il reconstituer l'arche mythique en embarquant les derniers Tchétchènes pour les sauver du déluge des exactions de la soldatesque et des mercenaires russes ? L'objectif de cet ouvrage est d'apporter les regards croisés de chercheurs éloignés géographiquement et culturellement, mais dont les analyses sont proches ou se recoupent. Le lecteur fera le lien entre une approche philosophique, historique, anthropologique et socio-politique."
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>> La société russe en quête d'ordre en consensus avec Poutine ? - Faverel-Garrigues : On a coutume d’évaluer autrui d’après nos propres critères. Ainsi en va-t-il de la Russie dont on ne cesse de juger les performances en terme de « progrès démocratiques » ou de « transition démocratique ». C’est oublier les passés spécifiques et les tropismes particuliers d’un peuple et de ses gouvernants. C’est ce que montrent dans cet ouvrage informé deux chercheurs au Centre d’études et de recherches internationales : si la réélection de Vladimir Poutine en 2004 ne fait presque aucun doute, il ne faut pas en conclure trop rapidement à une pratique pipée des échéances électorales. Bien davantage, on constate sous l’ère Poutine une convergence inédite des aspirations de la population et des leaders politiques : une volonté d’ordre, un désir de stabilité. La question qui demeure : à qui cet ordre va-t-il servir ? Aux oligarques ou aux laissés pour compte ?
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