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Les pays les moins avancés
Vendredi 11 mai 2001


La semaine prochaine débutera, à Bruxelles, la troisième Conférence des Nations Unies sur les Pays les Moins Avancés (PMA). Son objectif est de dégager des solutions concrètes permettant aux 49 états concernés de sortir de la pauvreté et du sous-développement. Ce sont ainsi plus de six cents millions de personnes dont la moitié est illettrée, n'a pas accès à de l'eau potable et subsiste avec moins de un dollar par jour, pour une espérance de vie moyenne avoisinant les cinquante ans... Malgré l'engagement des nations développées de combattre la pauvreté, le nombre des pays laissés-pour-compte de la mondialisation économique s'est considérablement accru lors des dernières décennies, allant jusqu'à presque doubler : ils étaient, en effet, "seulement" 25 il y a trente ans. La dette, l'inégalité des règles du commerce international, le SIDA et les conflits régionaux forment les raisons principales de ce déclin. Mais il faut y ajouter également le manque de générosité - et de lucidité - des pays riches qui accordent à l'aide au développement moins de 0,2 % de leur produit intérieur brut (PIB).

Cette année, plusieurs centaines d'organisations humanitaires participeront à la conférence grâce à une aide délivrée par l'Union Européenne. Ces représentants de la société civile pourront ainsi faire entendre leur voix sur des sujets aussi cruciaux que l'élimination de la dette - qui absorbe jusqu'à 40 % du produit national brut de certains pays pauvres - la santé, la promotion de la femme, l'aide aux réfugiés, le règlement des conflits ou encore l'accès aux marchés sans taxes ni quotas etc. Mais les ONG présentes à Bruxelles pèseront-elles valablement sur les débats ou devront-elles se contenter d'enregistrer les engagements des technocrates et des instances internationales ? L'avenir seul le dira. Ce que l'on peut, d'ores et déjà, constater, c'est que le moteur qui pourrait assurer à ce genre de rencontre au sommet sa véritable efficacité demeure cruellement absent. A notre époque, en effet, la seule façon que connaissent les décideurs de diminuer la pauvreté - lorsque déjà ils en ont la volonté - c'est d'aider les nations défavorisées à intégrer la locomotive de l'économie mondiale. Ainsi, des facilités seront faites aux PMA pour pénétrer les marchés industriels, des programmes seront mis en oeuvre pour attirer des investissements étrangers sur leur territoire et l'on convaincra leurs dirigeants de parier sur le tourisme et les technologies de l'information et de la communication... La pauvreté, pourtant, demeurera et s'étendra.

Car tant que nous ne comprendrons pas que le problème de fond est humain, avant d'être économique ou politique, nos apports ne feront qu'engraisser des élites et permettre au système dont nous dépendons de se développer. Or, celui-ci prospère précisément sur la misère des peuples. Bien sûr, l'argent investi dans quelques secteurs de l'économie pourra générer un mieux-être pour certaines catégories de population. Mais il ne tardera pas à produire des inégalités, des conflits et de nouvelles guerres, de nouvelles dictatures, de nouvelles maladies et de nouvelles pauvretés. En d'autres termes, l'économie mondiale, dans son mode de fonctionnement même, suscite la compétition, la corruption, l'égoïsme et la violence : des formes de pauvreté qui peuvent rapidement plonger les sociétés humaines dans la régression, leur faisant connaître faim, maladies et souffrances. Mais les PMA que nous sommes en matière de fraternité ont-ils mieux à proposer ?

Geoffroi Contact


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