| Le virus de la Paix |
11 septembre 2000 |
Des dizaines de milliers de colombiens, brandissant des drapeaux blancs, ont défilé dans les rues de Bogota, ce dimanche, pour réclamer la fin de plus de 30 années de guerre. Cette manifestation s’est déroulée alors que les pourparlers de paix entre le gouvernement et les factions d’opposition sont sur le déclin : entre les rebelles (FARC ou ELN) et les groupes paramilitaires soutenus par l’armée, c’est à qui commettra le plus grand nombre de violations des droits humains (enlèvements, assassinats, tortures etc.) dans la plus totale impunité. Depuis le début de l’année, ce sont ainsi près de 1 400 civils qui ont été tués par l’un ou l’autre camp...
Dernièrement, des organisations humanitaires aussi reconnues qu’Amnesty International, Human Rights Watch et le Washington Office on Latin America (WOLA) avaient demandé au président Clinton de faire de la protection des droits de l’homme en Colombie la priorité de ses discussions avec les autorités de ce pays, lors de son voyage à la fin du mois d’août. Les Etats-Unis ont, en effet, accordé à la Colombie une aide militaire s’élevant à plus d’un milliard de dollars pour lutter contre le trafic de drogue, sans la moindre condition de respect des droits des individus : une mesure insensée qui ne peut qu’encourager l’armée à perpétrer de nouveaux massacres avec, cette fois, le soutien des Etats-Unis, ainsi que l’ont déclaré plusieurs sénateurs américains. De leur côté, les FARC - qui tiennent notamment leur puissance de l’impôt prélevé sur la culture de la cocaïne et de l’héroïne - se sont jurés d’en défendre, coûte que coûte, les aires de production...
Si le désir des Etats-Unis de mettre un terme aux importations de drogues qui pénètrent chaque jour sur son territoire est compréhensible, il est profondément immoral que cela se fasse au détriment des droits de millions d’hommes et de femmes qui subissent les pires violences depuis des décennies. Le drame actuel vécu par les colombiens met ainsi en évidence l’incohérence des sociétés - dites développées - dont l’engagement en faveur de la paix n’est ni sincère ni total : malgré leurs « bonnes intentions » de départ, elles ne tardent pas à montrer que leurs intérêts égoïstes leur font complètement perdre le sens des priorités. Aujourd’hui et pour longtemps, la priorité absolue doit être accordée à la paix, ce qui revient à tout faire pour que les hommes et les femmes connaissent la paix où qu’ils se trouvent : tout ce qui ne va pas directement dans ce sens est terriblement vain car incapable d’apporter le mieux-être auquel l’humanité aspire. Seule, en effet, une véritable obsession de la paix pourra permettre aux grands de ce monde d’assumer enfin leurs responsabilités avec un minimum de dignité. A nous, donc, de les contaminer par notre enthousiasme, à nous de faire en sorte qu’ils contractent irrémédiablement le virus de la paix !
Geoffroi |