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Changer le cœur des gens
11 juin 2000


Bernard Kouchner, chef de l’administration civile des Nations Unies au Kosovo (MINUK), était hier à New York pour exposer la situation de la région aux membres du Conseil de Sécurité de l’ONU. En un an, le travail de la MINUK a permis d’importants progrès, sans toutefois parvenir à « changer le cœur des gens », a déclaré Bernard Kouchner. Ces derniers temps, en effet, les serbes kosovars ont été la cible de nombreux attentats visant à décourager la communauté internationale de prolonger son action au Kosovo.

Alors que près de 900 000 réfugiés sont rentrés chez eux, que les services publics recommencent à fonctionner et que 70% des entreprises ont repris leurs activités, demeure la question fondamentale de la sécurité des minorités ethniques. Serbes et roms sont ainsi constamment privés de leurs droits fondamentaux, notamment en ce qui concerne l’accès aux soins et à l’éducation ainsi que la liberté de mouvement : il leur est impossible de sortir de leurs « ghettos » sans être escortés par les soldats de la KFOR tant les risques sont importants pour leur vie.

Il est donc particulièrement urgent que les Nations Unies se donnent les moyens de mettre fin à la criminalité en augmentant leur personnel, notamment policier, au Kosovo et en assurant l’impartialité des juges. Dès lors que la communauté internationale désire faire de cette région un modèle de société tolérante et respectueuse des droits humains, elle doit concentrer ses efforts sur la protection des plus faibles. Cet objectif ne pourra être atteint sans le soutien concret des pays donateurs et sans une volonté politique renforcée de rétablir au plus vite l’entente entre les communautés.

Certes, les administrateurs du Kosovo n’ont pas le pouvoir de « changer le cœur des gens »... Cependant, les efforts constants de dizaines de milliers de personnes sur le terrain, venues de pays étrangers pour se mettre au service de la réunification du Kosovo, constituent un ferment d’harmonie de la plus haute valeur : à force d’agir inlassablement en faveur de la paix, ils aident les kosovars à délaisser progressivement la haine pour l’apaisement. Ainsi, si l’ouverture du cœur relève du libre arbitre individuel, l’énergie dépensée par certains êtres en faveur de la fraternité peut déclencher une « contagion » extrêmement positive. Attendre de personnes ayant enduré les pires souffrances qu’elles se transforment, serait absurde et indécent : c’est bien plus en changeant notre propre cœur que nous les aiderons à gagner leur combat pour la Paix.

Geoffroi Contact


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