| Le souverain |
11 mars 2000 |
Depuis de nombreuses années, les autorités de Pékin tentent de réintégrer Taiwan, la « province renégate », dans le giron de la république populaire de Chine, brandissant la menace de la guerre dans le cas où le gouvernement de Taipei déclarerait l’indépendance. Aujourd’hui, Pékin hausse à nouveau le ton, mettant son armée en état d’alerte afin d’impressionner les taiwanais et de les forcer à ouvrir des négociations en vue d’une réunification avec le continent.
Il faut se rappeler que Taiwan s’est séparée de la Chine en 1949, manifestant alors son refus de devenir communiste. Le développement économique fulgurant de l’île n’a fait qu’accroître les disparités avec le continent, à tel point qu’il est probable que la Chine ne parviendrait pas à faire plier Taiwan par la force, tant son armée est faiblement équipée alors que les autorités de Taipei ne cessent de perfectionner leur armement. Cependant, Pékin veut à tout prix récupérer cette île, après avoir remis la main sur Hong-Kong et Macao : c’est une question de principe autant qu’une façon de mobiliser la nation autour d’un gouvernement dont les méthodes dictatoriales sont bien connues.
A l’heure actuelle, la stabilité de la région est donc remise en cause : il suffirait de très peu pour que le gouvernement de Chine populaire se sente obligé d’intervenir militairement, ne serait-ce que pour ne pas perdre la face. Or, pour le moment, Taiwan n’existe pas en tant qu’état, de même qu’elle ne fait pas partie des grandes organisations internationales malgré sa puissance économique et le souhait de liberté d'une grande majorité de sa population. Les pays occidentaux pourraient ainsi se réfugier derrière la notion de souveraineté de la Chine et la laisser attaquer Taiwan s’ils y trouvaient finalement un intérêt comme, par exemple, une contrepartie économique.
Cette situation constitue donc un cas d’école du point de vue de la défense des droits humains. C’est maintenant, alors que les hostilités ne se sont pas déclenchées et qu’une population innocente n’a pas à souffrir une oppression injuste, que la communauté internationale doit prendre des mesures à l’égard de la Chine. Il est inconcevable qu’une nation puisse menacer impunément de guerre un territoire qui, s’il n’est pas souverain du point de vue strictement politique, l’est parfaitement si l’on se réfère aux droits légitimes des populations. Tant que ces réalités humaines n’obtiendront pas la priorité dans les considérations stratégiques des grandes puissances de ce monde, les personnes seront toujours susceptibles d’être broyées par des systèmes inhumains. Aujourd’hui, il nous faut donc réaffirmer au gouvernement chinois - ainsi qu’aux autres régimes oppresseurs - la primauté de l’individu quelles que soient les circonstances : c’est lui qui est souverain, et personne d’autre.
Geoffroi |