|
Hommes, femmes, SIDA |
11 janvier 2000 |
Quelques chiffres sur le Sida : sur les 33 millions de personnes frappées par la maladie, 70 % vivent en Afrique ; l’année dernière, la pandémie a causé la mort de plus de deux millions de personnes, environ dix fois plus que les guerres... Devant des statistiques aussi dramatiques, l’ONU a décidé de réunir son Conseil de Sécurité hier pour traiter du Sida, considérant qu’il constitue une menace sans précédent pour le développement et la stabilité de l’Afrique. En effet, la pandémie, en participant à la fragilisation des sociétés, augmente le risque de conflits armés tandis que ces derniers aggravent la propagation de la maladie par le chaos dont ils sont à l’origine : déplacement de populations, désorganisation des services de santé, détournement de l’aide humanitaire, viols en grand nombre etc.
Malgré l’extrême gravité de la situation, le Sida demeure un sujet inabordable dans de nombreux pays africains. A tel point que les malades eux-mêmes préfèrent déclarer qu’ils sont atteints de pneumonie ou de tuberculose, tant le Sida fait peur et provoque, en plus de la souffrance, la discrimination de celui qui en est atteint. Le silence « complice » qui facilite considérablement la diffusion de la maladie s’enracine dans un tabou profondément ancré : les rapports hommes-femmes. En effet, si l’Afrique en est là aujourd’hui, c’est en grande partie à cause de l’inégalité qui prévaut entre les sexes : la femme, considérée comme un sujet inférieur, n’a pas accès aussi facilement que l’homme à l’éducation ou à la santé. De même, soumise traditionnellement à l’homme, elle ne peut ni se refuser à lui ni suggérer l’utilisation de préservatifs sous peine d’être aussitôt rejetée. De plus, elle n’a pas le moindre contrôle sur sa vie reproductive, laquelle dépend du champ de décision masculin. Enfin, l’homme jouit d’une grande liberté sexuelle qui le conduit souvent à user de son pouvoir pour contraindre une jeune fille, voire une adolescente, à avoir un rapport sexuel avec lui.
Tant que les rapports hommes-femmes seront déséquilibrés, le premier exploitant la seconde, il en résultera toujours de graves dysharmonies. Le rapport à l’autre et la communication avec lui étant le moteur même de la vie, il n’est pas étonnant que la maladie et la mort résultent de comportements où ni l’Amour ni même le respect d’autrui n’entrent en jeu. Cela n’est pas, bien évidemment, une caractéristique spécifique aux communautés africaines mais concerne l’ensemble des sociétés humaines, pays développés y compris. Ces derniers portent d’ailleurs la pleine responsabilité de la création du couple pays riches-pays pauvres qui n’est qu’une autre expression de la difficulté des hommes à vivre fraternellement.
Geoffroi |