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Le regard des anges
Lundi 10 septembre 2001


La Conférence mondiale sur le racisme qui se tenait à Durban, en Afrique du Sud, vient de s'achever dans un désordre indescriptible : à peine la déclaration finale a-t-elle été rendue publique que plusieurs nations ont émis des réserves sur son contenu, témoignant ainsi de l'extrême politisation des débats et de l'hypocrisie de bon nombre des participants... Au titre des résultats positifs, on retiendra toutefois que l'esclavage y fut condamné en des termes explicites ce qui, d'après le secrétaire général de la Conférence Mary Robinson, constitue une avancée importante. Reste que l'harmonie qui aurait dû régner lors d'un sommet présenté comme le plus grand événement du début de siècle en matière de droits humains, était dramatiquement absente : à l'évidence, l'humanité souffre trop...

"Faire entendre sa souffrance en criant plus fort que les autres", semble ainsi avoir été le mot d'ordre des différentes délégations. A ce jeu, ceux qui croient défendre les droits légitimes du peuple palestinien ont marqué des points, forçant les Etats-Unis et Israël à quitter la Conférence : ils sont ainsi parvenus à faire signer par des centaines d'organisations humanitaires, brutalement aveuglées, un texte accusant ni plus ni moins l'état hébreu de "génocide" ! De son côté, ce dernier s'est réfugié dans son statut - de plus en plus illusoire - de "seule démocratie encerclée par des régimes pourfendeurs des libertés", tels l'Irak, l'Iran, la Libye, la Syrie et quelques autres... Au final, chacun des protagonistes aura excellé dans l'arrogance et la rigidité, ferment du racisme et de toutes les haines possibles.

Quant aux pays occidentaux, toujours aussi perfides lorsque la moralité des fondements historiques de leur développement économique est mise en cause, ils se sont arrangés pour reconnaître le caractère criminel de la traite des esclaves, tout en faisant en sorte qu'aucune réparation ne puisse être exigée par les populations africaines... Bref, la Conférence de Durban aura permis que s'expriment au grand jour deux facettes tragiques d'une certaine médiocrité humaine : l'incapacité à reconnaître ses propres torts (ou promptitude à rejeter les fautes sur autrui) et le refus de réparer ses erreurs une fois qu'elles ont été établies. De sorte que le racisme et la xénophobie ont encore de beaux jours au sein de sociétés humaines ancrées dans leurs certitudes et fermées à de véritables transformations. Mais au diable l'amertume ! Le défenseur des droits humains et l'amoureux de la justice n'ont pas de temps à perdre avec elle. Mieux vaut donc adopter, s'agissant de l'humanité, le regard des anges : car c'est, sans aucun doute, avec beaucoup de compassion qu'ils considèrent les humains de ce temps, englués dans un état d'enfance qui n'en finit pas... Ils n'en souffleront pas moins vigoureusement dans leurs trompettes pour les extraire de leur torpeur !

Geoffroi Contact


Lectures conseillées :

>> Contre le racisme, les combats de la LICRA - Jean-Pierre Alladi, Richard Séréro (Editor) : La Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme, qui s'est dotée d'un arsenal juridique efficace? est à la pointe du combat, en France et ailleurs, contre les extrémismes, le racisme, l'intolérance et la xénophobie. Favorable à une paix juste et durable entre Israël, dont elle a salué la création, et le monde arabe, la LICRA a aussi oeuvré pour une amélioration des relations entre le christianisme et le judaïsme. Ce livre relate trois quarts de siècle d'un combat sans relâche contre l'intolérance, la xénophobie et l'exclusion. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Esclaves, esclavage et progrès humain - Yves Benot : En mai 2001, la France adoptait une loi reconnaissant la traite et l’esclavage des noirs comme crime contre l’humanité. Et en septembre de la même année, dans la déclaration de Durban, l’ONU reconnaissait la spécificité de l’esclavage des Africains aux Amériques. Dans les deux cas, les débats qui ont conduit à l’adoption de ces textes ont révélé une sorte de souffrance rétroactive qui taraude encore. Comment expliquer, en effet, que des sociétés brillantes et humanistes aient pu si longtemps tolérer l’esclavage ? Cette interrogation est à l’origine du présent essai, qui se propose de mettre en lumière le lien entre l’histoire de l’esclavage dans le monde moderne et la difficile reconnaissance des droits de l’homme depuis le XVIe siècle. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> La Guerre israélienne de l'information : Désinformation et fausse symétries dans le conflit israélo-palestinien - Joss Dray, Denis Sieffert : La guerre, avant d'être une affaire militaire, est une affaire de mots. Ils ont joué un rôle majeur dans l'offensive déclenchée, le 28 février 2002, par l'armée israélienne contre les villes palestiniennes. On sait à quel point, à cette occasion, elle a placé l'information sous contrôle. Mais on sait moins que l'offensive a été préparée par un long travail de délégitimation de l'Autorité palestinienne. Cette entreprise de désinformation commence dès le lendemain de la négociation de Camp David II, en juillet 2000 : le " refus " de Yasser Arafat d'accepter la " généreuse " proposition israélienne de restitution de " 97 % " des territoires occupés va devenir une vérité acceptée par l'ensemble de l'opinion internationale. Or, comme le démontrent les auteurs de ce livre, il s'agit d'un pur mensonge, suivi de bien d'autres... Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !



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