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Du vice
10 juillet 2000


Le père Valeriano Paitoni, de la paroisse d’Imirim au Brésil, vient d’être condamné par l’archevêque de Sao Paulo pour ses prises de position en faveur de l’usage du préservatif dans la lutte contre le SIDA. Responsable de plusieurs centres d’accueil pour personnes séropositives et malades du SIDA, le père Valeriano Paitoni considère le préservatif comme un « moyen positif de sauver des vies », s’opposant ainsi à la doctrine de l’Eglise catholique qui prône l’abstinence sexuelle et la fidélité. L’influence de l’Eglise est telle dans de nombreux pays du monde - notamment en Amérique Latine et en Afrique - que l’on ne peut manquer d’être profondément scandalisé par l’attitude du Saint Siège, plus préoccupé de manifester sa désapprobation à l’égard de la Gay Pride que de protéger la vie de millions d’hommes, de femmes et d’enfants...

Hier encore, le pape Jean-Paul II a fait part de son « amertume suite à l’affront fait au Grand Jubilé de l’an 2000 », faisant ainsi allusion aux manifestations en faveur de la reconnaissance des droits des homosexuels qui viennent de se dérouler à Rome. Quelques jours auparavant, Jean-Paul II avait spécialement fait savoir à Mgr Gaillot qu’il lui demandait de ne pas intervenir lors de la Gay Pride où ce dernier était convié à participer à une conférence. Ces quelques faits démontrent, s’il en était besoin, combien la hiérarchie ecclésiastique s’enferme dans un dogmatisme criminel qui l’éloigne, chaque jour un peu plus, de la réalité des souffrances des êtres humains. Cela serait de peu d’importance si cette dégradation ne concernait qu’une poignée d’individus pétris de conditionnements mais libres de leurs choix. Malheureusement, il s’agit d’hommes de pouvoir, ayant une emprise majeure sur les consciences d’un nombre gigantesque de nos semblables. Il est donc particulièrement vital de rappeler que la Fraternité, l’Amour de l’Autre dans sa richesse et sa diversité, la Tolérance, la Solidarité et la Compassion sont des valeurs qui donnent à chaque être humain une responsabilité à l’égard de ses frères et sœurs. A vouloir exercer un rôle de guide de l’humanité, l’Eglise s’attribue une autorité sur les âmes dont la contrepartie est le devoir sacré de se dévouer en permanence à leur heureux épanouissement, de sorte que se faire ainsi la collaboratrice de la souffrance et de la douleur, tout en prônant l’Amour du prochain, relève du vice.

Alors que l’Onusida nous rappelait récemment que plus de 34 millions de personnes sont porteuses du VIH et que l’épidémie risque de tuer, dans les pays les plus touchés, la moitié des jeunes adultes, « l’Eglise, nous dit le père Paitoni, devra demander pardon pour l’erreur qu’elle commet à propos du SIDA ». Mais cela ne saurait suffire lorsque tant de vies sont en jeu ! L’Eglise catholique - qui bénéficie du statut d’observateur permanent à l’ONU - doit être soumise aux mêmes obligations que les nations en matière de défense des droits humains. En de très nombreux points - de la condition de la femme jusqu'à la discrimination des homosexuels en passant par la contraception... - son comportement est si gravement contraire à la dignité humaine qu’un débat général devra, tôt ou tard, avoir lieu au sein de la chrétienté : parce que mener une vie spirituelle, c’est d’abord apprendre à aimer la Vie.

Geoffroi Contact


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