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Religions, traditions, cultures...
10 juin 2000


Alors que l'Assemblée générale de New York, réunie pour examiner l'évolution des droits des femmes depuis la Conférence de Pékin, vient de se terminer, il semble que le document final devrait conserver les progrès enregistrés en 1995. Toutefois, on retiendra que plusieurs pays religieux auront tenté de remettre en cause les droits des femmes en matière de santé reproductive et de vie sexuelle : lors d'une conférence de presse, des organisations conservatrices distribuaient même dans l'enceinte de l'ONU des tracts dénonçant " la décadence culturelle occidentale ".

Il est frappant de constater que, systématiquement, des nations utilisent les prétextes de la tradition et de la religion pour s'opposer à la revalorisation de la condition féminine. Ce faisant, elles veulent donner l'impression que l'Occident ne respecte pas leur spécificité culturelle et se drapent dans leur dignité, affirmant que les hautes valeurs prônées par leur société depuis des siècles leur interdisent de légaliser l'avortement ou de reconnaître l'homosexualité comme une pratique acceptable. Ainsi, pour protéger la vie d'un être à venir, certains groupes humains n'hésiteront pas à mettre en danger l'existence de centaines de femmes ; de même, pour que la morale soit sauve, ils préféreront étouffer les désirs et les besoins de leurs semblables. Pire encore, leur acharnement à se conformer à leur idéologie, aussi inhumaine soit-elle, les conduira sans hésiter à laisser leur prochain s'exposer à la mort en refusant de lui donner les moyens de se protéger : l'attitude de l'Eglise catholique relativement au SIDA est particulièrement instructive à ce sujet…

En d'autres termes, les religions et les traditions, censées assurer la pérennité d'une société, voire, le bonheur de ses membres, en viennent parfois à se compromettre avec la mort au point de renier leur objectif originel : le bonheur cède la place à l'oppression, la pérennité se change en une instabilité qui débouche immanquablement sur l'autodestruction. Dans tous les cas de figure, la cause de cette dysharmonie est à rechercher dans le pouvoir démesuré que procure la détention de l'autorité en matière de religion et de coutumes : la domination des consciences permet ainsi à une partie de la population d'assouvir ses pulsions aux dépens de l'autre. Pour une caste de dirigeants, c'est là un moyen simple et efficace de renforcer son pouvoir au cours des âges, donnant à une moitié des membres du groupe la domination sur l'autre moitié : on en vient ainsi le plus " naturellement " du monde à ce que les hommes tiennent les femmes sous leur joug avec la certitude arrogante de ceux qui se croient justifiés par l'autorité dont ils dépendent, qu'elle soit humaine ou divine.

C'est ainsi que le viol d'une femme ou d'une fillette paraîtra un acte sans gravité, inscrit dans la culture, que le meurtre d'une épouse " désobéissante " sera considéré comme un comportement honorable et qu'une épidémie de SIDA sera vue comme une punition envoyée par Dieu… De toutes façons, la femme a si peu de valeur aux yeux de ceux qui s'acharnent à l'empêcher d'exister ! En revanche, si la femme se soumet à son mari volage, elle est un modèle de vertu et si elle élève avec Amour l'enfant qu'elle aura eu à la suite d'un viol, elle est une véritable héroïne ! Telle est l'incohérence à laquelle conduisent les religions dévoyées et les traditions malhonnêtes dont le seul objectif est d'assurer le maintien au pouvoir de l'élite qui les a initiées. Si la culture occidentale est décadente - et certainement l'est-elle par bien des aspects - les religions et traditions qui s'opposent à la pleine reconnaissance des droits des femmes peuvent-elles encore être comprises sous le terme de " cultures " alors qu'elles ne produisent que de l'oppression et du néant ?

Geoffroi


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