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L'affront de Doha
Vendredi 9 novembre 2001


Deux ans après l'échec du sommet de l'Organisation Mondiale du Commerce à Seattle, le représentant des Etats-Unis pour le commerce, Robert Zoellick, vient de déclarer la guerre aux partisans d'une mondialisation à visage humain. Devant un parterre d'étudiants en économie, il a ainsi décrété qu'une « attaque contre le commerce international » était « une attaque contre la liberté », établissant un lien entre ceux qui dénoncent le libéralisme et les terroristes du 11 septembre. Alors que s'ouvre aujourd'hui le sommet de l'OMC au Qatar, jamais la résistance pacifique et fraternelle à la tyrannie des compagnies transnationales et des gouvernements qui les soutiennent, n'est apparue comme aussi vitale. En effet, profitant de leur emprise actuelle sur le monde, les Etats-Unis - épaulés par le Canada, l'Europe et le Japon - entendent bien imposer un nouveau cycle de négociations dans le but de relancer la croissance mondiale, aux dépens des pays les plus pauvres.

Il faut dire que pour les tenants de la mondialisation à outrance, la tentation était grande. Rien d'étonnant donc à ce qu'ils n'aient pas hésité à tirer profit d'une situation de crise où toute forme de contestation est malvenue, alors que la tendance générale est au repli sur ses valeurs et la pensée unique à l'ordre du jour. Lorsque le monde connaît la récession économique, le sort des miséreux de la planète a peu de chance d'attirer l'attention des privilégiés... Et de même, manifestations et protestations - avec leurs inévitables débordements savamment suscités par les autorités - risquent d'être très mal perçues par l'opinion publique alors que la menace du bioterrorisme pèse sur les nations développées. Du coup, les champions du capitalisme croient tenir l'occasion idéale d'en finir avec leurs « ennemis » que sont les organisations humanitaires, les syndicalistes, les environnementalistes, les paysans, les femmes, les peuplades autochtones et autres « empêcheurs de piller en rond »... Ils ne sont à leurs yeux que des terroristes auxquels les récents événements ont fait perdre toute crédibilité. Dès lors, pourquoi se gêner ? Il faut rattraper le temps perdu, murmure-t-on dans les antichambres du pouvoir et de la haute finance.

C'est donc sans vergogne aucune que les puissants s'apprêtent à faire du sommet de Doha la conférence mondiale de l'iniquité et de l'indécence. Depuis plusieurs mois, les lobbyistes des différentes industries sont à l'oeuvre et les négociations vont bon train qui ruineront les espoirs de développement des pays les moins avancés. Dans le projet de déclaration, l'on découvre avec stupeur que, non seulement les revendications de ces derniers ont été balayées, mais que tout est fait pour accroître le pouvoir de l'élite et renforcer l'exclusion. C'est ainsi que les groupes économiques et financiers se disposent à transformer la plupart des activités humaines en source de profit en privatisant, par exemple, les services publics au nombre desquels la santé, la culture, l'éducation etc., en libéralisant sauvagement l'agriculture, en élargissant le domaine de compétences de l'OMC pour lui permettre de prendre des décisions d'ordre politique et de bafouer impunément les lois internationales en matière de droits humains et de protection de l'environnement. Bref, tout un arsenal de mesures que les gouvernants des pays riches veulent imposer au reste du monde de façon à donner aux multinationales un pouvoir encore jamais atteint. En d'autres termes, une violation sans précédent des droits et des libertés des personnes devant laquelle l'opinion publique internationale, encore mal remise de ses émotions, va peut-être capituler...

Pourtant, les chantres du commerce inéquitable resteront sans doute sur leur faim. En effet, lorsque la capitale du Qatar fut choisie pour accueillir l'illustre symposium, il s'agissait alors de trouver une ville où la contestation ne puisse point s'exprimer. Aujourd'hui, en se rendant à Doha, ce ne sont pas d'inoffensifs manifestants que les puissants risquent de rencontrer, mais les partisans des réseaux terroristes fondamentalistes, fort nombreux dans cette partie du monde. Quelle ironie ! Mais il y a plus grave : l'organisation d'un sommet aussi caricaturalement impérialiste en plein Golfe Persique constitue une gigantesque provocation pour les habitants des nations musulmanes. Un acte de suprême arrogance que les extrémistes ne manqueront pas d'utiliser, espérant ainsi déclencher la colère des peuples de la région. Car faut-il être inconscient pour venir donner le spectacle de l'injustice sous le nez des opprimés (l'Iran, l'Irak, le Pakistan etc. sont à quelques encablures du Qatar...) ! Dans leur hâte de faire redémarrer la croissance, les organisateurs n'ont pas prêté attention à ce qu'ils considèrent certainement comme un détail. Ceux qui, en revanche, accordent de l'importance au symbole n'oublieront pas cet affront supplémentaire perpétré en terre d'Islam. Tôt ou tard, ils rappelleront une vérité toute simple à ceux qui veulent faire de ce monde et de ses habitants une marchandise : tout se paie.

Geoffroi


Lectures conseillées :

>> Pour une mondialisation à finalité humaine - Attac : La globalisation financière, fruit de l'évolution de l'économie mondiale au cours des trois dernières décennies, a modifié en profondeur l'organisation de nos sociétés. De nombreux enjeux globaux sont désormais régis par les seules lois du marché, avec toutes les conséquences démocratiques, économiques, sociales et environnementales que cela implique. Face à ce constat, l'association citoyenne Attac (Association pour la taxation des transactions financières pour l'aide aux citoyens) propose toute une série d'analyses et d'alternatives pour une mondialisation à finalité humaine. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> L'Aide au développement à l'heure de la mondialisation - Michèle Bailly, Patrice Dufour : Depuis une dizaine d’années, l’aide au développement est en crise et la part que lui consacrent les pays industrialisés a fortement diminué. Pourtant, comme l’a brutalement rappelé la destruction des tours du World Trade Center, le monde est UN. Il est inacceptable – et suicidaire – d’ignorer que la moitié de l’humanité vit avec moins de deux dollars par jour. Alors que la mondialisation bouleverse le quotidien de milliards d’êtres humains, l’heure est venue de faire revivre l’ardente obligation du développement. Les leçons tirées du passé et les pistes nouvelles ouvertes par les recherches récentes sont riches de promesses : il faut s’engager résolument dans cette voie pour faire reculer la pauvreté. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Services publics : Le livre noir des privatisations - Promouvoir les Services Public, Gérard Delfau (Préface) : Cet essai constitue l'une des premières tentatives de présentation synthétique des dégâts économiques et humains causés par la privatisation de quelques grandes entreprises publiques, en Europe et aux États-Unis, dans le domaine de l'énergie, de l'eau, du courrier, des services financiers, du transport, etc. Il ne s'agit pas d'une étude universitaire, mais d'un ouvrage collectif, résultat de la collecte quotidienne et sans cesse actualisée d'informations par Jean-Jacques Bianchini, Anne-Isabelle Ferry et les membres de l'association " Promouvoir le Services Publics " (PSP). Il rappelle la brève et désastreuse histoire de la privatisation de quelques services publics dans le monde, démonte les ressorts de l'idéologie néolibérale, esquisse les voies de la reconquête, tant au niveau français et européen qu'à l'échelle des institutions internationales, puisque déjà vacille la toute puissance du marché. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !
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